Dimanche de l’Aveugle-Né

Le Dimanche de l’Aveugle-né est le sixième dimanche de Pâques. Ce jour est consacré dans les Églises d’Orient – Églises orthodoxes et Églises catholiques de rite byzantin – à la commémoration de la guérison de l’Aveugle-né par Jésus.

Cette icône fait référence au texte de l’évangile de Jean 9 (1-3) : En passant, il vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : “Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?” Jésus répondit : “Ni lui, ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.”

Il se pose la même question dans le livre de Job. Pourquoi le juste est-il frappé ? Ce qui est sûr c’est que les vues de Dieu sont bien au-delà de celles de l’homme qui ne peut sonder ses volontés divines et demander des comptes. La maladie peut être une épreuve providentielle pour faire grandir l’âme : même dans un sentiment d’abandon, le juste sera sauvé. Par la souffrance endurée et offerte, le Serviteur de Dieu prend sur lui les maladies et expie leurs fautes à l’image du Christ qui a porté nos souffrances et péchés jusqu’à son humiliation sur la croix, transpercé pour nous sauver.

SIXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

Dimanche de l’Aveugle-né

À LA LITURGIE

Lecture de l’Évangile selon saint Jean

(9, 1-38)

34

En ce temps-là, Jésus vit en passant un homme qui était aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’aveugle il soit né ? Jésus répondit : Ni lui ni ses parents, mais c’est pour qu’en lui se manifestent les œuvres de Dieu. Tant qu’il fait jour, il me faut faire les oeuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient où nul ne peut travailler ; tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ! Cela dit, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, en enduisit les yeux de l’aveugle et lui dit : Va te laver à la piscine de Siloé, c’est-à-dire à la piscine de l’Envoyé. L’aveugle s’en alla, se lava, et il revint, voyant clair. Les voisins et les gens habitués à le voir mendier auparavant dirent alors : N’est-ce pas celui qui se tenait toujours là à mendier ? Les uns disaient : C’est lui. Les autres disaient : Non, mais il lui ressemble. Mais lui, il affirmait : C’est bien moi ! Ils lui dirent alors : Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts ? Il répondit : Celui qu’on appelle Jésus a fait de la boue, m’en a enduit les yeux et m’a dit : Va te laver à Siloé ! Alors je suis parti, je me suis lavé et j’ai vu clair. Ils lui dirent : Où est-il ? Il répondit : Je ne sais !

On amène aux Pharisiens l’ancien aveugle. Or c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. Les Pharisiens lui demandèrent donc à leur tour comment il avait recouvré la vue. Il leur dit : Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois. Certains des Pharisiens disaient : Cet homme ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le sabbat ; d’autres répliquaient : Comment un pécheur pourrait-il faire des miracles pareils ? Ils étaient divisés. Alors ils s’adressèrent encore une fois à l’aveugle : Et toi, que dis-tu de lui, de ce qu’il t’a ouvert les yeux ? L’homme répondit : C’est un prophète !

Cependant les Juifs ne voulurent pas croire que cet homme eût été aveugle et qu’il eût recouvré la vue, avant d’avoir convoqué ses parents ; ils leur demandèrent : Cet homme est-il bien votre fils, dont vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voit maintenant ? Ses parents répondirent : Nous savons que c’est notre fils et qu’il est né aveugle ; mais comment il y voit maintenant et qui lui a ouvert les yeux, nous n’en savons rien ; interrogez-le: il est assez grand pour s’expliquer ! C’est par crainte des Juifs que ses parents parlèrent ainsi ; car les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue quiconque reconnaîtrait Jésus pour le Christ. C’est pour cette raison que ses parents avaient dit : Il est assez grand, interrogez-le !

Les Juifs le convoquèrent donc une seconde fois et lui dirent : Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. Il répondit : Si c’est un pécheur, je ne sais ; ce que je sais, c’est que j’étais aveugle et qu’à présent j’y vois ! Ils lui dirent alors : Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit, et vous ne m’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’entendre une seconde fois ? Auriez-vous envie de devenir ses disciples, vous aussi ? Ils l’accablèrent d’injures, disant : Toi, tu es disciple de cet homme ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; mais lui, nous ne savons pas d’où il est. L’homme leur répondit : C’est là justement la chose étonnante, que vous ne sachiez pas d’où il est, alors qu’il m’a ouvert les yeux. Nous savons bien que Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais que, si un homme l’honore et accomplit sa volonté, celui-là, il l’exauce. Jamais on n’a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ! Ils lui répondirent : De naissance tu n’es que péché et tu nous fais la leçon ! Et ils le chassèrent au-dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé. Le rencontrant, il lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu ? Il lui répondit : Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu le vois, c’est lui qui te parle. Alors il dit : Je crois, Seigneur, et il se prosterna devant lui.

 


 

Interprétation
Pour saint Ambroise, Jésus est la lumière du monde. Il amène cette lumière au sein de la boue avec laquelle il guérit l’aveugle, cette même boue dont se sert son Père afin de créer l’Homme dans le livre de la Genèse. Le Christ envoie l’aveugle se laver car c’est le signe du baptême, cérémonie par laquelle Dieu donne sa lumière à l’humain qui l’a demandée1. Comme Jésus a dit “Lève-toi et marche” au paralytique, comme il a ressuscité Lazare, il donne la vue aux aveugles.

Selon le docteur de l’Église Jean Chrysostome, ce miracle reflète bel et bien que Jésus est le Fils de Dieu, mais aussi son égal. L’archevêque dit aussi qu’il faut suivre les voies de Dieu pour construire sa vie, en fait les vertus cardinales et théologales.

Le sens de ce dimanche dans le Pentecostaire


Le thème de l’eau baptismale est partout présent dans le Pentecostaire. Il est présent aussi dans la symbolique de cette fête : Jésus envoie l’homme laver la boue qu’il a déposé sur ses yeux au bassin de Siloam. (Le terme siloam est souvent compris comme « envoyé », d’où l’on interprète que la guérison de l’aveugle serait la récompense de son obéissance à Jésus.)

Le miracle de l’Aveugle-né (traditionnellement appelé Celidonius) est remarquable d’un double point de vue : tout d’abord, bien qu’il y ait de nombreux aveugles guéris tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, cet épisode est le seul où un aveugle-né voit pour la première fois ; bien que rien ne l’indique dans le texte biblique, le Pentecostaire suit la tradition selon laquelle l’homme était né aveugle et sans yeux. Lorsque Jésus fait de la boue avec sa salive et de la terre pour donner des yeux à l’aveugle, il réitère l’acte de création de l’homme, moulé par Dieu dans l’argile (Genèse 2:7). Selon l’interprétation chrétienne traditionnelle, le Salut accordé par Jésus à ses disciples est une nouvelle création (Paul, Cor. 5:17).

Le second aspect remarquable du miracle est que, non seulement, Jésus donne à l’homme la vue physiquement, mais aussi spirituellement. Dans la controverse théologique de l’Aveugle avec les Pharisiens qui suit le miracle, l’aveugle défend son opinion comme s’il avait étudié et reçu l’enseignement de la foi.

Les trois dimanches du Paralytique, de la Samaritaine et de l’Aveugle-né renvoient au baptême, chacun illustrant de façon différente un aspect de ce sacrement.

Dimanche de la Samaritaine

Pour comprendre comment le Christ accompagne chaque homme, chaque femme, dans son désir le plus vrai et le plus profond, nous allons méditer avec les Pères un instant sur le plus beau dialogue d’accompagnement qui existe dans l’Evangile : la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Jean 4). Jésus va accompagner cette femme, qui est comme nous, et comme tous ceux qui nous entourent : à travers sa soif intense, jusqu’à ce qu’elle devienne apôtre.

Un dialogue d’accompagnement : ça progresse ! On peut prendre l’image que l’on veut : “monter” (bien des Pères l’ont fait, cf. l’échelle par exemple) ; cela peut être aussi “creuser” : c’est ce que nous avons retenu ici. “Creuser un puits”, et cela concerne précisément ce dialogue du Christ et de la Samaritaine : Jésus va creuser un puits dans le cœur de cette femme, qui fréquente elle-même le Puits de Jacob. Partant de sa pratique quotidienne, Jésus va l’emmener très loin, très profond.

Quand on retient cette image de “creuser un puits”, on ne peut pas ne pas évoquer Christian de Chergé avec son ami Mohammed : c’est par ce “mot de passe” entre Christian et Mohammed(1) que l’on peut commencer, sans pouvoir dire encore ce que nous trouverons au fond de ce puits. Pour Christian de Chergé et Mohammed, la formule est utilisée pour prendre un rendez-vous spirituel : “Il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits !”. Christian de Chergé rapporte :

“L’image est restée. Nous l’employons quand nous éprouvons le besoin d’échanger en profondeur.
Une fois, par mode de plaisanterie, je lui posai la question : “Et au fond de notre puits, qu’est-ce que nous allons trouver ? de l’eau musulmane ou de l’eau chrétienne?”
Il m’a regardé mi-rieur, mi-chagriné : “Tout de même, il y a si longtemps que nous marchons ensemble et tu me poses encore cette question ! Tu sais, au fond de ce puits-là, ce qu’on trouve, c’est l’eau de Dieu.”
(L’Echelle Mystique du dialogue, 15).

Et l’eau de Dieu, c’est certainement “l’eau vive” ; c’est au fond du cœur de cette femme de Samarie que Jésus la fait jaillir dans l’échange qu’il a avec elle. C’est bien ce qui se produit dans l’accompagnement, avec des étapes diverses que nous mettrons à jour.

Il s’agit donc bien de relire avec soin le dialogue entre Jésus et la Samaritaine. Maurice Zundel (mort en 1975) nous dit de ce récit évangélique :

“Un récit évangélique qui jaillit comme une source dans un clair matin, c’est cette grâce du dialogue entre Jésus et la Samaritaine. Vous vous rappelez les termes de ce dialogue : comment Jésus, partant de l’eau du puits, éveille peu à peu dans la conscience de la Samaritaine, une pécheresse, le sens de la présence divine en lui faisant découvrir précisément Dieu, à l’intérieur d’elle-même, au plus secret de sa conscience, comme une source qui jaillit en vie éternelle. Cette révélation indépassable, éternelle, infinie, n’a pas encore été comprise et ne peut l’être, en effet, que par une conversion très profonde…”
(Maurice Zundel : Ton visage, ma lumière, Mame, Paris, 2011, p. 114).

Invitation donc à notre « conversion » et à nous laisser accompagner…

La Samaritaine interroge Jésus : “Seigneur, tu n’as pas même un seau et le puits est profond; d’où la tiens-tu donc, cette eau vive ?” (Jn 4, 11). Jésus, pour creuser ce puits, va s’y prendre au rythme de la femme : c’est elle qui mène toute l’opération, Jésus s’adapte à son rythme, comme il s’adapte au rythme de chacun d’entre nous ; on le voit avec Zachée, comme avec l’Aveugle-né, avec Marthe comme avec Marie…

Augustin (354-430) commente, et “dévoile” pour nous le secret de Dieu, pour nous faire avancer plus vite que la femme – trop vite ainsi pour que nous nous convertissions. Ecoutons cependant Augustin, qui nous rappelle le texte évangélique, mais nous suivrons ensuite tranquillement le chapitre 4 de Jean :

“Ce que promettait donc Notre-Seigneur, c’était la plénitude et la satiété dont le Saint-Esprit est l’auteur. La Samaritaine ne le comprenait pas encore, et dans son intelligence que répondait-elle ? Cette femme lui dit : “Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je ne vienne plus ici pour en tirer”. Travail pénible auquel la contraignaient ses besoins et qui rebutait sa faiblesse. Si seulement elle entendait ces paroles : “Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai” (Matth. 11, 28) ! Car ce que lui promettait Jésus, c’était la délivrance de sa peine ; mais elle ne le comprenait pas encore.”
(Homélies sur l’Evangile de Jean XV, 14-17, Bibliothèque Augustienne, 73A). 

Deux désirs

Deux désirs se rencontrent. Jésus commence par dire sa propre soif (“Donne-moi à boire”), pour adopter le rythme de la femme, femme de désir intense, de désir en attente car rien ne lui a été encore révélé, bien qu’elle adore Dieu sur le mont Garizim. Devant l’étonnement de cette femme qui ne tarde pas à lui demander pourtant de cette eau vive dont il lui parle, Jésus répond : “Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive.”

Jean Chrysostome (v.345-407) commente :

“Il sortira,[dit Jésus] des fleuves d’eau vive de son coeur. Ce qu’il entendait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui (Jean, 7, 38). C’est pourquoi, dans l’entretien qu’il a avec la Samaritaine, il appelle eau le Saint-Esprit : Celui, dit-il, qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura jamais soif. L’Ecriture appelle ainsi l’Esprit-Saint un fleuve pour montrer la force et l’ardeur de la grâce, et la destruction des péchés ; elle l’appelle une eau, pour marquer qu’elle purifie et rafraîchit l’âme de ceux qui la reçoivent. Et c’est avec raison : car tel est un jardin planté d’arbres chargés de fruits, et toujours verts, telle est une âme vigilante et soigneuse qu’embellit la grâce de l’Esprit-Saint. Elle ne permet pas, cette grâce, que la tristesse et la douleur, ni les ruses et les artifices de Satan lui portent la moindre atteinte, elle qui repousse facilement les traits enflammés de l’esprit malin.”
(Homélies sur Jean XXXII, 1).

En fait, pour parvenir à l’eau véritablement, il faudra quelques étapes : oui, car il est bien question de temps, de rythme quand on parle de l’attente.

1ère étape de la femme à travers ses questions : “Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ?” : Jésus plus grand que Jacob ?
La femme insiste, abandonnant momentanément la question du puits trop profond, alors que Jésus lui a répondu que celui qui boira l’eau qu’il donnera “n’aura plus jamais soif”.

“Ce bien seul [le Verbe] est vraiment doux, désirable, aimable ; sa jouissance génère sans cesse un désir plus grand, car sa participation aux vertus augmente l’envie que l’on a de lui.”
(Grégoire de Nysse : Homélies sur le Cantique des Cantiques, Hom. I).

Mais reprenons le rythme de l’accompagnement par Jésus.

2ème étape. Suivant alors déjà Jésus sans le savoir vraiment, la femme de Samarie demande : “Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici.”, Jésus lui répond par une invitation à la vérité : “Va, appelle ton mari et reviens ici.” Et c’est l’aveu – aveu du désir inextinguible : “Je n’ai pas de mari”. Mais Jésus en dit plus, révélant alors la vérité profonde de cette femme : “Tu en as eu cinq et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai.”Etonnant cet homme auquel peut-être la femme songeait pour être le septième !

Origène (v.185-254) dans une lecture symbolique où il joue sur les chiffres, selon les principes notamment des commentaires rabbiniques, tente de rapprocher déjà les cinq maris des cinq sens, qui manifestent que c’est d’abord dans le “sensible” et le “corporel” qu’il faut pêcher la Samaritaine, la tirer du puits où elle ne peut voir la lumière. Puis il rapproche encore les cinq maris avec les cinq livres de la Loi de Moïse, le Pentateuque (Commentaire sur Jean, t. III , SC 222: XIII, xxvi, 154) :

“Il vaut la peine de voir comment la Samaritaine, qui n’admet rien de plus que le Pentateuque de Moïse, attend la présence du Christ, qui serait donc annoncée par la seule Loi.”

C’est alors qu’après avoir cédé au sixième homme, “qui n’est pas son mari, légitime”, nous dit Origène, avec le septième, elle va être saisie au plus profond d’elle-même et trouver ce qu’elle cherchait :

“… après avoir renié [le sixième] et laissé là sa cruche, elle trouve un saint repos auprès du septième, faisant profiter aussi du même avantage les habitants d’une cité fondée sur ses anciennes croyances et édifiée sur des doctrines erronées”… (ibid. XIII, xxx, 179, p. 133).

[cf. signification biblique du chiffre sept : septième jour, repos de Dieu, accomplissement…]

Source :Extrait de l’article de (Marie-Christine Hazaël-Massieux)

Dimanche du Paralytique

Textes du Pentecostaire
Stichères du Paralytique ‒ ton 1

Ô Christ qui de ta main très-pure avais façonné le corps humain, * tu es venu guérir les malades, en ta bonté ; * et par ton verbe tu fis lever * le Paralytique à la piscine des Brebis ; * de l’Hémorroïsse tu apaisas la douleur, * de la Cananéenne tu guéris la fille tourmentée ; * tu n’as pas rejeté la prière du Centurion ; * aussi nous te crions : * Seigneur tout-puissant, gloire à toi. (bis)

Tel un cadavre vivant, * le Paralytique, te voyant, s’écria : * Aie pitié de moi, Seigneur, * car ma couche est devenue mon tombeau. * Que me rapporte la vie, * à quoi me sert la piscine des Brebis ? * Je n’ai personne pour m’y plonger * quand les eaux se mettent à bouillonner ; * mais je viens à toi, la Source des guérisons, * afin de crier avec tous : * Seigneur tout-puissant, gloire à toi.

Gloire au Père… Maintenant… Amen  t, 5

Jésus monta à Jérusalem, à la piscine des Brebis, * qui s’appelle en hébreu Béthesda : * en ses portiques, de nombreux malades étaient couchés ; * par intervalles, un Ange de Dieu descendait, * il la mettait en mouvement * et rendait force aux fidèles qui s’y plongeaient. * Or le Christ, voyant un homme malade depuis longtemps, * lui demanda : Veux-tu guérir ? * Le malade répondit : Je n’ai personne, Seigneur, * pour me plonger dans la piscine lorsque bouillonnent les eaux ; * j’ai dépensé tout mon avoir auprès des médecins * et je n’ai pas réussi à susciter leur pitié. * Mais le Médecin des âmes et des corps * lui dit : Prends ton grabat * et marche pour annoncer au monde entier * ma puissance et la grâce du salut.

Synaxaire

Ce même jour, quatrième dimanche de Pâques, nous faisons mémoire du Paralytique et célébrons un tel miracle comme il se doit. À la piscine Probatique le Christ, en sage médecin, a guéri le Paralytique par son seul verbe souverain.

Ce miracle a été placé ici parce que le Christ l’a fait au temps des Cinquante Jours, la Pentecôte hébraïque. Monté à Jérusalem pour la fête, il se rendit à la Piscine aux cinq portiques, édifiée par Salomon et appelée également Piscine Probatique, parce que c’est là qu’on lavait les entrailles des brebis immolées en sacrifice dans le Temple. C’est là aussi que se trouvait guéri le premier qui entrait lorsque l’eau était agitée par l’Ange une fois l’an, le Christ trouve donc là un homme de trente-huit ans, qui gît dans l’attente que quelqu’un le mette à l’eau. Par là nous apprenons quel bien sont l’endurance et la patience. Et, puisqu’il devait nous donner un baptême capable de laver toute faute, Dieu a montré dans l’Ancienne Alliance que des miracles pouvaient être produits par l’eau, afin que, lorsque viendrait le Baptême, on fût enclin à le recevoir. Jésus s’approche donc de ce Paralytique, appelé Jaros ou de quelque nom approchant, et l’interroge. Celui-ci lui expose le fait qu’il n’a personne pour l’aider. Et Jésus, sachant à quel point cet homme est consumé par l’infirmité, lui dit : « Prends ton grabat et marches.» Aussitôt il recouvre la santé et, prenant sa couche sur ses épaules, afin que cela ne paraisse pas une illusion, il marche jusque chez lui. Mais comme c’est le sabbat, les Juifs l’empêchent de faire cette marche. Lui, il se retranche derrière celui qui l’a guéri, puisqu’il lut a dit de marcher un jour de sabbat ; toutefois il ne sait pas qui il est. Car Jésus, dit l’Évangile, avait disparu dans la foule qui se pressait en ce lieu. Plus tard, Jésus le trouva dans le Temple et lui dit : « Te voilà guéri, ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive plus grande infirmité ! »

Il faut savoir que ce paralytique est différent de celui qui nous est présenté en Matthieu, car cela se passe à l’intérieur, qu’il y a des gens pour l’aider et que Jésus lui dit seulement : « Tes péchés te sont remis ! » Le miracle qui nous occupe s’accomplit au Portique de Salomon, et l’infirme n’a personne pour l’aider, comme dit le saint Évangile. Dans les deux cas cependant il porte son grabat. La guérison est fêtée à ce moment parce qu’elle a été opérée durant la période des Cinquante Jours, de même que la conversion de la Samaritaine et la guérison de l’Aveugle. Thomas et les Myrrhophores, nous les fêtons pour confirmer la Résurrection du Christ d’entre les morts ; les autres événements, jusqu’à l’Ascension, sont là parce qu’ils se sont produits à diverses occasions durant le temps des Cinquante Jours, la Pentecôte hébraïque ; et parce que Jean les mentionne à peu près dans cet ordre. En ta miséricorde infinie, Christ notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.

Lecture des actes des Apôtres
(Ac IX,32-42)

En ces jours-là, comme Pierre visitait tous les saints, il descendit aussi chez ceux qui demeuraient à Lydda. Il y trouva un homme nommé Énée, couché sur un grabat depuis huit ans, et paralytique. Pierre lui dit : « Énée, Jésus Christ te guérit. Lève-toi, et arrange ton grabat ». Et aussitôt il se leva. Tous les habitants de Lydda et de la plaine du Saron, ayant vu celà, se convertirent au Seigneur.
Il y avait à Joppé, parmi les disciples, une femme nommée Tabitha, ce qui se traduit par Dorcas : elle faisait beaucoup de bonnes œuvres et d’aumônes. Or, en ce temps-là, elle tomba malade et mourut. Après l’avoir lavée, on la déposa dans une chambre haute. Comme Lydda est près de Joppé, les disciples, ayant appris que Pierre s’y trouvait, envoyèrent deux hommes vers lui, pour le prier de venir chez eux sans tarder. Pierre se leva, et partit avec ces hommes. Lorsqu’il fut arrivé, on le conduisit dans la chambre haute. Toutes les veuves l’entourèrent en pleurant, et lui montrèrent les tuniques et les vêtements que faisait Dorcas pendant qu’elle était avec elles. Pierre fit sortir tout le monde, se mit à genoux, et pria ; puis, se tournant vers le corps, il dit : « Tabitha, lève-toi ! » Elle ouvrit les yeux, et ayant vu Pierre, elle s’assit. Il lui donna la main, et la fit lever. Il appela ensuite les saints et les veuves, et la leur présenta vivante. Cela fut connu de tout Joppé, et beaucoup crurent au Seigneur.

Lecture de l’Évangile selon Saint Jean
(Jn V,1-15)

En ce temps-là, à l’occasion d’une fête juive, Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la porte des brebis, il y a une piscine qui s’appelle en hébreu Bethesda, et qui a cinq portiques. Sous ces portiques étaient couchés en grand nombre des malades, des aveugles, des boiteux, des paralytiques, qui attendaient le mouvement de l’eau ; car un ange descendait de temps en temps dans la piscine, et agitait l’eau, et celui qui y descendait le premier après que l’eau avait été agitée était guéri, quelle que fût sa maladie. Il y avait là un homme malade depuis trente-huit ans. Jésus, l’ayant vu couché, et sachant qu’il était malade depuis longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? » Le malade lui répondit : « Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine quand l’eau est agitée, et, pendant que j’y vais, un autre descend avant moi ». « Lève-toi, lui dit Jésus, prends ton grabat, et marche » . Aussitôt cet homme fut guéri ; il prit son grabat, et marcha. C’était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à celui qui avait été guéri : « C’est le sabbat ; il ne t’est pas permis de porter ton grabat. » Il leur répondit : « Celui qui m’a guéri m’a dit : Prends ton grabat, et marche ». Ils lui demandèrent : « Qui est l’homme qui t’a dit : Prends ton grabat, et marche ? » Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c’était, car Jésus avait disparu de la foule qui était en ce lieu.
Plus tard, Jésus le trouva dans le temple, et lui dit : « Voici, tu as été guéri ; ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire. » Cet homme s’en alla, et annonça aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri.

Homélie *

Le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre s’accorde parfaitement avec le temps pascal que nous sommes en train de vivre ; outre les résonances baptismales qui y sont clairement évoquées nous assistons là à un évènement purement “résurrectionnel”.

Commentant cette péricope, saint Jean Chrysostome [2] nous parle de la guérison liée au baptême en ces termes :

Qu’est-ce que ce mode de guérison ? Il y a là un mystère : on nous décrit comme en figure les choses de l’avenir. Le baptême, qui devait être donné plus tard, ce baptême qui lave toutes les souillures et fait revivre les morts, est évoqué par l’image de la piscine.
Dieu a donné d’abord l’eau, qui lave les souillures du corps ; et dans l’ancienne Loi beaucoup de purifications se faisaient par l’eau. Pour nous faire approcher davantage du baptême, l’eau ici lave même les maladies ; et c’est un ange qui descend mettre l’eau en mouvement et lui donne la vertu de guérir, pour faire comprendre que le Seigneur des Anges pourra mieux encore guérir les maladies de l’âme. Car ce n’est pas par une vertu naturelle que cette eau guérissait ; mais elle guérissait par l’intervention de l’ange.

De même pour nous dans le baptême : l’eau enlève les péchés après qu’elle a reçu la grâce de l’Esprit.
Une multitude d’infirmes gisaient là ; mais leur infirmité même les empêchait d’entrer dans l’eau pour être guéris. À présent, chacun peut approcher et nous ne pouvons plus dire ‘un autre descend avant moi’ ; car même si le monde entier venait, la grâce ne serait pas épuisée.

Le Christ aurait pu ne pas aller à Béthesda car en ce lieu la religion était souvent mêlée de magie et l’on y vénérait autant Yahvé que le dieu grec de la guérison. Or Jésus a tenu justement à témoigner de la miséricorde de Dieu au bord de cette piscine où les malheureux, pour garder espoir, se contentaient d’un amalgame de croyances et de superstitions.

Une fois encore, c’est Jésus qui prend l’initiative de la rencontre ; non seulement l’homme ne demandait rien, mais il s’en retournera guéri sans même – dans un premier temps – avoir su le nom de son guérisseur.

« Veux-tu être guéri ? » demande le Christ ; et, comme c’est souvent le cas dans l’Évangile de saint Jean, l’homme se méprend d’abord sur ces paroles. Pour lui, “être guéri” supposerait une triple chance : D’abord que l’eau bouillonne, puis, qu’il soit présent à ce moment là et enfin qu’il trouve quelqu’un pour le plonger dans l’eau. « Guérir n’est pas pour moi » pense l’homme, et pourtant il revient depuis des années sans se résigner, sans se décourager, sans renoncer à l’espérance.

Le “Veux-tu être guéri” nous est aussi adressé par le Christ ; et nous devons comprendre par là « Veux-tu que je te guérisse, tout de suite et chaque jour ? ». Si le Christ nous guérit alors ce n’est plus une question de chance, mais c’est une question de foi, et il nous suffit d’obéir aux trois ordres donnés : “Lève-toi !”, “Prends ton grabat !” et “Marche !”.

« Lève-toi ! » nous dit le Seigneur… Alors qu’il serait si facile d’entrer dans la tentation de se faire porter par nos semblables, d’imposer aux autres le poids de nos misères et de notre inertie ! Ne succombons pas à la facilité de nous installer dans nos paralysies spirituelles ! C’est pour nous tout un programme de vie : il nous faut quitter le grabat, signe de la paralysie, de l’impuissance et de la dépendance, pour accepter de vivre debout, vulnérables, certes, mais restaurés dans notre autonomie et notre dignité d’êtres libres.

« Prendre son grabat » c’est avoir la certitude de sa guérison. Tout comme le paralytique nous n’aurons plus à revenir auprès de la piscine, nous n’aurons plus à en vouloir à notre prochain de n’avoir pas été là au bon moment. Renonçons à nous faire porter, ne laissons aucune trace de notre infirmité dans notre entourage !

Et donc « marchons ! »
Mettons en œuvre la nouvelle liberté, la nouvelle santé spirituelle que le Christ nous donne. Marchons et témoignons que Dieu opère des miracles dans notre quotidien – même le jour du Sabbat ! – Lui qui non seulement nous donne la vie mais nous accueille dans la Vie Éternelle.

L’infirmité et le grabat du paralytique nous évoquent bien évidemment la Croix et le Tombeau du Christ, en tant que lieu ou objet de souffrance et d’immobilité, mais ils sont garants d’une nouvelle vie, ils sont garants de la Résurrection.

N’ayons donc pas peur quand surviendront toutes ces petites morts physiques et spirituelles qui font immanquablement partie de notre condition humaine ! Pour autant que notre cœur soit tout écoute à Dieu, elles ne seront que tremplins et occasions de rencontre avec le Seigneur, nous préparant ainsi d’ores et déjà à la communion plénière avec Lui dans un face à face éternel.

Pour être guéris par le Christ sur la route de notre propre Exode ; pour être des témoins vivants de Sa résurrection ; il nous suffit de faire, avec la force qu’Il donne à ceux qui la Lui demandent, ces trois choses toutes simples que nous avons trop tendance à croire impossibles : Nous lever à Son appel, emporter, une bonne fois pour toutes, les tristesses de notre passé,

Marcher avec la certitude d’être aimés par Celui qui s’est fait homme pour nous sauver !

Amen !

Notes
*  Homélie prononcée par Père Élisée le 14 mai 2006 à la crypte

[2] Dans sa 36e homélie sur l’évangile selon saint Jean

Source

Sermon de Saint Jean de San Francisco

« Le Christ ressuscité a envoyé les apôtres prêcher dans tous les pays. L’Église du Christ ne fut pas fondée pour un seul peuple, pour un seul pays, mais pour le monde entier. Tous les hommes, tous les peuples, tous les pays sont appelés à la foi en Dieu véritable.
Les apôtres ont pleinement accompli l’ordre du Christ en parcourant toutes les nations. Simon le Zélote est allé en Grande-Bretagne ; Jacques, fils de Zébédée, en Espagne ; Thomas, aux Indes et, selon la Tradition, il a poursuivi jusqu’en Inde. L’apôtre André a prêché en Russie et en Grèce. Suivant la tradition établie, Lazare, le ressuscité après quatre jours, fuyant devant les Juifs qui voulaient le massa­crer, est arrivé en France. Avec ses sœurs, Marthe et Marie, il s’est installé à Marseille et a prêché en Provence. Trophime d’Arles et d’autres disciples d’entre les soixante-dix ont sillonné la France.

Ainsi, dès les temps apostoliques, la foi orthodoxe du Christ fut prêchée en Gaule, la France actuelle. C’est à l’Église orthodoxe qu’appartiennent saint Martin de Tours, le grand Cassien, fondateur de l’abbaye de Marseille où, durant de longues années, il donna l’exemple de la vie ascétique, saint Germain et sainte Geneviève de Paris, parmi une multitude d’autres. Voilà pourquoi la foi orthodoxe n’est pas, pour les Français, celle d’un peuple étranger. C’est la leur, confessée ici, en France, par leurs ancêtres depuis les temps anciens : elle est la foi de leurs pères.
Sincèrement et chaleureusement, nous souhaitons que la foi orthodoxe, dans sa forme propre au génie français, rétablie sur le sol de France, redevienne pour tout son peuple la foi maternelle, comme elle l’est demeurée pour les Russes, les Serbes, les Grecs, selon l’esprit particulier de chacun de ces peuples.
Le propre du calendrier oriental — le pentecostaire — glorifie aujourd’hui, tout comme le sanctoral occidental, le saint archange Michel, qui s’est manifesté également, en Orient et en Occident, afin de vivifier les forces spirituelles des hommes pour les actes héroïques, de même qu’il inspira jadis à Jeanne d’Arc la lutte pour la liberté de la France.
Aujourd’hui, selon l’ancien calendrier, l’Église orthodoxe glorifie le saint apôtre Marc, l’un des quatre évangélistes qui, avant de partir pour Alexandrie, vint en Europe occidentale où il écrivit son saint Évangile — à Rome — en latin même selon certains.
À présent, nous en avons la conviction, l’élévation politique et patriotique de la France s’accomplit : qu’elle soit unie à son élévation spirituelle ! Que renaisse la France orthodoxe et que la bénédiction divine soit sur elle ! »

Tropaire t, 5

Comme un soleil spirituel dans le ciel du firmament, tu as éclairé le monde entier et tu as illuminé les âmes des hommes. C’est pourquoi ton nom est glorifié à l’Orient et à l’Occident, car tu brilles de la grâce du Soleil de Justice, ô Jean notre pasteur bien-aimé. Aussi ne cesse pas de supplier le Christ, afin qu’il ait pitié de nos âmes.

Les orthodoxes de ces derniers temps sont spirituellement endormis

Les orthodoxes de ces derniers temps sont spirituellement endormis

1

[…] Les chrétiens orthodoxes de ces derniers temps sont en effet spirituellement endormis et ont désespérément besoin d’être réveillés par une trompette de l’Esprit comme saint Syméon [le Nouveau Théologien].
Ceux qui sont orthodoxes de naissance et par habitude ne sont pas ceux qui doivent hériter du Royaume éternel du Ciel, ils doivent être réveillés pour l’accomplissement conscient des commandements du Christ, et une réception consciente du Saint Esprit de Dieu, comme saint Syméon l’a enseigné avec tant d’éloquence.

[…] Pour saint Syméon, comme pour tous les véritables chrétiens orthodoxes, la théologie, c’est la vie; les véritables paroles de Dieu qui parlent au cœur chrétien, le relèvent de sa paresse et de sa négligence, et l’inspirent pour lutter pour le Royaume éternel, qui peut être goûté à l’avance, même maintenant dans la vie de Grâce que Dieu fait descendre sur Ses fidèles par Son Esprit Saint sanctifiant.

2

Chrétiens orthodoxes, tenez-vous en fermement à la Grâce que vous avez; Ne la laissez jamais devenir une question d’habitude; ne la mesurez pas à l’aune des mesures humaines, n’espérez pas qu’elle soit logique ou compréhensible par ceux qui ne comprennent rien de plus haut que ce qui est humain. Que tous les chrétiens orthodoxes s’affermissent pour la bataille à venir, n’oubliant jamais qu’en Christ, la victoire est déjà nôtre.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après Hieromonk Seraphim (Rose)
1)
Préface du livre
The Sin of adam and our Redemption
(Le Péché d’Adam et notre Rédemption):
Sept Homélies par Saint Syméon le Nouveau Théologien
2)
Orthodoxy and the Religion of the Future
(L’orthodoxie et la Religion du Futur)
Saint Herman of Alaska Brotherhood,
Platina, CA, USA 1979.
http://orthodoxologie.blogspot.com/

Message patriarcal de Pâques

Message de Pâques 2021 du Patriarche Porphyre et de l’Assemblée des évêques orthodoxes serbes

Église orthodoxe serbe à ses enfants spirituels à l’occasion de la Fête de Pâques 2021

PORPHYRE par la grâce divine

l’Archevêque orthodoxe de Petch, le Métropolite de Belgrade-Karlovtsi et le Patriarche serbe, avec tous les évêques de l’Église orthodoxe serbe au clergé, aux moines et à tous les fils et les files de notre Sainte Eglise : la grâce, la miséricorde et la paix de Dieu le Père, et de notre Seigneur Jésus-Christ, et de l’Esprit Saint, avec la joyeuse salutation pascale :

CHRIST EST RESSUSCITĖ !

En ce jour sans pareil de la Résurrection, Venez, communions au fruit nouveau de la Vigne ; participons à la joie divine, à la Royauté du Christ, et chantons-Le comme Dieu dans tous les siècles !

(Canon de Pâques, Ode 8)

C’est par ces mots, chers frères et sœurs, où nous célébrons la Résurrection du Christ, que l’Église nous appelle et nous rassemble autour de la joie divine de Pâques, une joie qui transcende et surpasse toutes nos réjouissances terrestres. La joie pieuse que le Seigneur nous fait découvrir est la joie de la Vie éternelle, de la victoire éternelle du Bien sur le mal et la défaite du démon. Le sublime saint Jean Chrysostome s’écrie dans l’extase de cette fête : « Que nul aujourd’hui ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a libérés. Il a détruit la mort, Celui qu’elle avait étreint ; Il a dépouillé l’enfer, Celui qui est descendu aux enfers, Il l’a rempli d’amertume, pour avoir goûté de Sa chair. »

L’essence de notre joie pieuse de la Résurrection, c’est Jésus-Christ Ressuscité Lui-même qui S’est offert comme « fruit nouveau de la vigne » afin que nous nous en abreuvions. Lors du grand et saint Sacrement de la Communion à Son Corps et à Son Sang, Il nous dit : Prenez, mangez, ceci est mon Corps, puis : Buvez-en tous, car ceci est mon Sang, le Sang de l’Alliance…(Mt 26, 26-27). Le Seigneur n’établit pas le Nouveau Testament sur des rites et des rituels religieux, Il le fonde sur Lui-même à travers le don éternel de Lui-même en tant que Nourriture et Boisson divines.

La tristesse qui est la nôtre, le Vendredi Saint et le Samedi Saint, alors que nous suivons le Seigneur Jésus-Christ depuis Gethsémani jusqu’au Golgotha, le Seigneur la change soudain pour nous faire accéder à la joie de Pâques. Il s’agit, comme le dit le poète de l’Église, d’un jour sans pareil ! C’est le jour de la Résurrection. Il s’agit de la force bienfaisante de la Résurrection que ni les fils d’Israël élus par Dieu ni les sages Grecs n’ont pas pu comprendre. Les premiers disaient que la prédication de la Résurrection était un scandale, tandis que c’était une folie pour les seconds (1 Co 1, 23). Le Seigneur a montré l’immensité de la grâce et de la puissance divines. Sachant cela par expérience, soyons dans l’allégresse, chers frères et sœurs, et réjouissons-nous en nous écriant les uns les autres : Christ est ressuscité ! En vérité, Il est ressuscité !

La Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ est, frères et sœurs et enfants spirituels, l’événement le plus important dans l’histoire du monde visible et invisible. Aussi s’agit-il d’un événement non reproductible. Pâques est une nouvelle création, et une nouvelle naissance pour l’homme. Voilà que tout est devenu nouveau ! Le Dieu-homme Jésus-Christ est ressuscité des morts et toutes les « valeurs » qui prévalaient jusque-là sont tombées et un monde nouveau est apparu. Penché sur le mystère de la Résurrection du Christ, le saint apôtre Paul porte témoignage de ce qu’il sait et de ce qui est la vérité ; il témoigne que si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là, ajoutant que le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation (2 Co, 5, 17-18). Il s’agit de la profondeur et de la hauteur insondables du mystère de la Résurrection sur lequel tant de saints pères de l’Église ont écrit et chanté. Mais le plus important pour nous, chers frères et sœurs, c’est d’avoir conscience de la profondeur et de la hauteur du mystère de la Résurrection, d’y avoir foi et d’y trouver notre salut. Ne permettons pas que la fête de la Résurrection du Christ soit une fête basée sur l’habitude, comme on l’entend souvent, mais la fête d’une vie nouvelle, d’une espérance nouvelle, d’une matière nouvelle. C’est précisément à une telle célébration, à une telle réjouissance que l’Église nous convie.

En cette fête de Pâques, du passage de la mort à la vie véritable et éternelle, le Seigneur nous invite à goûter au « fruit nouveau de la vigne », cette Vigne dont Il est le cep et nous les sarments. Le Seigneur a créé le monde comme une bonne vigne. Dans Sa parabole des mauvais vignerons (Mt 21, 33-46), Il nous parle d’un propriétaire qui avait planté une vigne, qu’il avait entourée d’une clôture ; puis il y creusa un pressoir et y bâtit une tour, avant de confier le tout à des vignerons pour qu’ils en prennent soin. Quand vint le moment des vendanges, le propriétaire de la vigne envoya des serviteurs pour lui rapporter les fruits de la récolte. Mais quand ils virent s’approcher les serviteurs du propriétaire, les vignerons qui dans l’intervalle s’étaient transformés en bandits et en usurpateurs des dons de Dieu, se saisirent des serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, en lapidèrent un troisième. Finalement le propriétaire du vignoble envoya son fils en se disant : ils respecteront mon fils. Mais au lieu d’éprouver de la honte, ils se saisirent de son fils, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. C’est précisément cela que nous avons vu le Vendredi Saint, où le Seigneur fut condamné injustement, puis crucifié sur la croix.

Mais à peine avons-nous vécu l’horreur du Vendredi Saint, où nous avons vu le meurtre de l’Héritier de la Vigne sur la croix, que nous voilà dans la joie de la Vigne nouvelle, dans la joie d’une Vie nouvelle. Survient alors le moment du Cep authentique et de la Vigne véritable. Approchez-vous donc tous et venez goûter au fruit nouveau de la Vigne divine, et voyez comme le Seigneur est bon et doux ! C’est une joie nouvelle où nous nous réjouissons tous pieusement en nous écriant : Christ est ressuscité ! Mais à nos côtés tous les autres chrétiens se réjouissent aussi, et tous ceux qui ressentent la bonté divine ainsi que toute la création de Dieu. Chers enfants spirituels, nous vous convions à la joie de la Résurrection, afin d’éloigner de nous la tristesse de notre vie quotidienne qui s’est abattue sur nous il y a plus d’un an, une tristesse qui s’est instillée dans tous les pores de notre vie, qui a endeuillé de nombreux foyers. Redressons-nous, réjouissons-nous et exclamons-nous les uns vers les autres : Christ est ressuscité !

C’est cette joyeuse salutation Christ est ressuscité ! que nous adressons à vous tous, chers enfants spirituels, qui vivez à travers le monde, qui êtes loin de vos foyers, de votre patrie, et souvent de vos êtres les plus proches. Il faut que vous sachiez que votre Église de Saint Sava ne cesse de veiller sur vous en tant que facteurs indissociables de notre peuple et membres vivants du Corps de notre Église. Nous vous confions la mission, devant le Seigneur Ressuscité et Ses saints, de préserver et consolider avant tout notre unité religieuse intérieure, puis notre unité nationale, linguistique et culturelle. Ne permettez pas que le temps et les circonstances vous divisent et vous éloignent les uns des autres, et par là-même de l’Église-Mère ! En dépit des pressions auxquelles vous êtes soumis sans cesse, qui sont en mesure de susciter parmi vous des différends et des disputes, nous implorons le Seigneur Ressuscité de trouver en Lui, le Ressuscité, la force de maintenir l’unité et la pureté de la concorde fraternelle. Nous vous invitons à conserver toujours devant vous les merveilleux exemples de la foi et du patriotisme de nos honorables ancêtres et de nos grands hommes – Tesla, Pupin, et tant d’autres – qui ont vécu loin dans le monde et suscité l’émerveillement de tous. Soyons les dignes héritiers de leurs noms glorieux et de leurs grandes œuvres, de leurs exemples et de leurs caractères !

Aujourd’hui, nous nous sentons particulièrement en prières aux côtés de nos frères et sœurs souffrants du Kosovo et de Métochie. Nous les saluons tout spécialement et les encourageons à être fermes et persévérants dans la foi, l’espérance et l’amour. Le Seigneur Crucifié et Ressuscité est à vos côtés, chers enfants spirituels, nos fils et filles du Kosovo et de Métochie. Tout le peuple serbe est à vos côtés, comme sont avec vous tous les peuples orthodoxes du monde, ainsi que tous les hommes épris de justice et de vérité. Il n’est peut-être rien au monde qui unisse aussi fort les chrétiens orthodoxes à travers le monde, que le Kosovo et la Métochie, symbole de la dignité, de l’honneur, d’un combat juste pour une vie libre dans les foyers ancestraux et de la résistance à la force et à l’injustice. Écrions-nous avec le saint roi David : En Dieu mon abri, fiez-vous à Lui, peuple, en tout temps ; devant Lui épanchez votre cœur, Dieu nous est un abri ! (Ps 61, 8-9).

Nous disons également Christ est ressuscité ! à tous les fils et filles fidèles du fier Monténégro. Nous nous adressons spécialement à eux en leur disant : chers enfants spirituels, notre amour et nos prières sont avec vous car vous vous trouvez dans des circonstances particulières, mieux vaudrait dire des difficultés et des épreuves, au milieu de combats spirituels incessants ; que notre Seigneur Jésus-Christ le Ressuscité soit, comme jusqu’à présent, le fondement inébranlable de votre foi, de votre unité et de votre communion avec tous vos frères et sœurs au Monténégro comme en Serbie et à travers le monde. Que les prières et les bénédictions des grands serviteurs de Dieu, saints et thaumaturges Basile d’Ostrog, Pierre de Cetinje et de tous les autres saints, vous accompagnent et soient avec vous dans tous vos combats pour la victoire du Bien sur le mal, de l’Amour sur la haine, de l’Unité sur les divisions, de la Sainteté sur la hargne des ravages spirituels.

Nous saluons cordialement nos frères et sœurs en République Serbe et en Bosnie et Herzégovine, en Croatie, Slovénie et Macédoine du Nord. Nous ne doutons pas que vous allez, chers enfants spirituels, célébrer avec vos évêques, prêtres, moines et moniales, la grande fête de la Résurrection du Christ de la meilleure manière possible, le cœur ouvert vers vos voisins d’autres confessions ou sans confession. Que notre Seigneur Jésus-Christ le Ressuscité soit avec vous tous ainsi qu’avec tous les hommes de bonne volonté.

Nos pensées et nos prières se portent, tout au long de ces journées, vers tous les malades, en particulier ceux infectés par le virus de la Covid-19, comme vers tous les médecins et membres des professions de santé qui luttent pleins d’abnégation, au risque de leur vie, afin de sauver les malades atteints par la Covid et d’autres maladies. Frères et sœurs, tous les peuples du monde, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, ont été frappés par cette maladie venimeuse et dangereuse provoquée par un virus invisible. L’année dernière nous avions espéré que cette épidémie disparaîtrait rapidement. Hélas, non seulement elle n’a pas disparu mais elle a poursuivi cette année ses ravages à travers le monde. Aujourd’hui nous prions pour la guérison de tous les malades, comme pour le repos de l’âme de tous ceux qui se sont endormis. Tout en respectant les recommandations de la médecine, nous nous confions nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie au Christ, notre Dieu !

Avec le souhait fervent que tous, vous célébriez Pâques, la Fête des fêtes, dans la joie spirituelle et la vertu corporelle, nous vous adressons encore une fois la salutation la plus joyeuse :

Christ est ressuscité !

Au Patriarcat serbe, à Belgrade – Pâques 2021

Le patriarche serbe Porphyre et tous les évêques de l’Église orthodoxe serbe

La guerre contre soi-même

Athénagoras, patriarche de Constantinople de 1948 à 1972

La guerre la plus dure, c’est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer. J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible. Mais je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.

Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.

J’accueille et je partage. Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets.

Si l’on m’en présente de meilleurs, ou plutôt non, pas meilleurs, mais bons, j’accepte sans regrets. J’ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.

C’est pourquoi je n’ai plus peur. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.

Si l’on se désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles, alors, Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible.

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Le péché du péché par Saint Grégoire le Grand

Saint Grégoire le Grand :

Comme celui qui met le pied dans un filet et ne s’en tire pas comme il veut, celui qui tombe dans le péché n’en sort pas immédiatement par le simple fait de le vouloir. Toute empêtrée dans les mailles du filet, sa marche est bloquée, et pour pouvoir reprendre sa marche, il est bien forcé de rester sur place, au moins pendant tout le temps où il s’efforce de se dépêtrer. II arrive souvent, en effet, que celui qui cède au charme de ce monde, y trouve les honneurs et la gloire ; il obtient donc la concrétisation de ce à quoi il aspire, et du même coup il se félicite d’être parvenu à ce qu’il souhaitait.

Mais parce que les biens de ce monde ne sont pas possédés dans l’amour et que fréquemment le fait de les posséder en ravale le prix, l’homme découvre, en les obtenant, que ce qu’il convoitait n’avait pas grande valeur. Alors, ramené à lui-même, il se demande comment, sans commettre de péché, abandonner ce qu’il sait désormais avoir acquis au prix d’un péché, Seulement le sentiment de sa dignité, où il s’est empêtré, le retient, et il ne se trouve pas en état de fuir, sans faute de sa part, une place que sa faute lui a procurée: il a mis les pieds dans le filet et marche dans ses mailles, et ce n’est vraiment qu’à l’instant où il se décide à en sortir, qu’il réalise la véritable résistance des liens qui l’entravent. Oui, il faut avoir envie de se libérer, envie, dirait le texte, de lever le pied, pour prendre conscience vraiment de ce qui nous ligote.

Quand le texte poursuit: Le filet enserre la plante de son pied, il s’agit encore de la même chose, mais avec une précision supplémentaire: à savoir qu’on est ligoté par le péché jusqu’à la fin. Ce que réaffirme la suite du verset: La soif le brûle de son feu. L’Ennemi du genre humain, après avoir ligoté la vie de chacun par le péché, aspire, anxieux, à le voir mourir.
Et c’est exact: quand notre vieil Ennemi tient une vie prisonnière du péché, il a soif de se désaltérer de la mort du pécheur. Pourtant, ce verset peut s’accommoder d’une autre interprétation : l’âme pécheresse, voyant qu’elle en est venue au péché, cherche à s’extraire de ses mailles, mais au niveau de la pure intention et sans profondeur. Sous l’emprise du respect humain ou sous le coup de remontrances venues des hommes, elle préfère une mort éternelle que d’avoir à supporter momentanément un peu de contrariété. Dès lors, cet homme s’abandonne entièrement à ses vices, conscient malgré tout de n’y avoir cédé volontairement qu’une seule fois.
C’est ainsi que le filet l’enserre jusqu’à la plante des pieds, celui dont la vie est jusqu’à son terme prisonnière de sa faute. Car dans la mesure où le pécheur a conscience d’être rivé à son mal, il désespère d’en sortir un jour; cette désespérance l’entraîne à s’adonner plus résolument encore aux attraits pernicieux de ce monde ; et finalement l’ardeur de ses convoitises gagne toute son âme ; enlacé par ses péchés antérieurs il cède progressivement à des fautes toujours
plus graves. Voilà le sens du verset : La soif le brûle de son feu: elle l’attaque dans son esprit, car du fait qu’il a pris l’habitude de pratiquer le mal, elle le pousse à en gober goulûment toutes les perversités. Pour le grand pécheur, avoir soif c’est désirer tous les biens de ce monde …

Le piège est caché sous terre, le piège dissimulé mine son chemin (Job 18, 10)

Le piège dissimulé sous la terre c’est le péché dissimulé sous les agréments de ce monde. En posant ses pièges, l’Adversaire propose à l’homme ce qui l’attire parmi les valeurs humaines, et y dissimule le piège du péché: de la sorte, il happe son âme, en lui laissant bien voir ce qui vaut la peine d’être désiré, mais jamais dans quel traquenard il met le pied. Le mot même de traquenard éveille l’idée de capturer en dupant. Et le démon pose un piège de ce genre sur le chemin quand, au milieu des activités de ce monde, si attirantes pour l’âme, il place le piège du péché. Ce piège, bien sûr, ne la duperait pas facilement s’il était posé à découvert; mais il est posé de manière à laisser voir à celui qui passera par là, le seul appât et jamais le piège lui-même. Le profit qu’on espère retirer et la prospérité en ce monde sont à la faute et au péché, ce qu’est l’appât au piège, et on peut dire qu’un piège invisible happe l’âme de celui qui cède à un désir mauvais dont certains aspects sont pour lui attirants.

L‘appât accroché à la faute ce sera souvent les richesses, les honneurs, la santé ou la vie de ce monde: une âme faible les voit sans apercevoir le piège; elle cherche à les posséder, et s’enferre finalement dans le péché qu’elle n’y a pas décelé. Il existe certaines manières de vivre qui sont très proches de vices incontestables: par exemple des mœurs rudes s’accompagnent ordinairement de cruauté ou d’orgueil, tandis que des mœurs plus séduisantes, et même un peu plus séduisantes qu’il ne convient, s’accompagnent bien souvent de luxure et d’habitudes dissolues. Ces façons de vivre qui avoisinent le vice, l’Adversaire du genre humain les épie chez tous les hommes, et, connaissant ainsi ce qui épouse plus naturellement les penchants de leur âme, il le leur propose: dans le cas de mœurs douces et riantes, ce sera souvent la luxure, parfois la gloriole ; pour les âmes rudes, ce sera la colère, l’orgueil ou la cruauté. Bref, il pose son piège là où il repère que l’âme va passer, et il glisse le danger à l’endroit précis où il trouve le chemin familier à chaque tempérament.

Il met le pied dans le filet, et marche dans ses mailles (Job 18, 8).

in COMMENTAIRE MORAL DU LIVRE DE JOB (MORALIA)

Traduction de René Wasselynck (Ed. du Soleil Levant)

Saint Benoît de Nursie

FÊTE : 21 Mars

Né dans la région de Nursie en Ombrie, il fut envoyé à Rome. Il se retira comme ermite dans une caverne près de Subiaco, l’actuel Sacro Speco. Sa réputation de sainteté lui attira bientôt des disciples. Il leur construisit une laure de douze petits monastères, qu’il gardait sous sa direction. Vers 530, il quitta Subiaco pour le Mont-Cassin, où il fonda une grande et célèbre abbaye et il y vécut jusqu’à sa mort. Il était réputé pour ses miracles. La règle que saint Benoît a écrite pour ses disciples est considérée comme un des facteurs les plus importants du développement de la civilisation chrétienne en Europe. Sa vie est relatée dans le second livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand. D’après la tradition française, les reliques de saint Benoît auraient été transportées à Fleury en 703.

Tropaire t, 1

Tu as montré la vérité de ton nom * par les combats d’ascète, père théophore Benoît, * ayant fleuri comme un fils de bénédiction, * tu devins une règle, un modèle pour tous ceux * qui ont à cœur d’imiter ta sainte vie * et s’écrient à l’unisson de leurs voix : * Gloire à Celui qui opère en tous, par tes prières, le salut.

Saint Basile d’Ancyre

FÊTE : 22 Mars

Prêtre d’Ancyre en Galatie, il se distingua par sa défense de l’Orthodoxie contre les ariens. Il fut cruellement martyrisé sous Julien l’Apostat.

Tropaire t, 4

Ton martyr, Seigneur, pour le combat qu’il a mené a reçu de Toi notre Dieu la couronne d’immortalité ; animé de Ta force, il a terrassé les tyrans persécuteurs et réduit à l’impuissance l’audace des démons ; par les prières de Saint Basile, sauve nos âmes, Ô Christ notre Dieu.