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Dimanche de Pentecôte (2021)

Tropaire t, 8

Béni sois-tu, ô Christ notre Dieu, toi qui fis descendre sur tes Apôtres le Saint-Esprit, transformant par ta sagesse de simples pêcheurs en pêcheurs d’hommes, dont les filets prendront le monde entier. Seigneur, ami des hommes, gloire à toi.

Kondakion t, 8

Ayant confondu les langues de l’univers, le Seigneur du haut des cieux dispersa les nations ; mais en partageant les langues de feu, il invite tous les hommes à l’unité et tous ensemble nous glorifions le très-saint Esprit.

Évangile 

Saint Jean
(7, 37-52 ; 8, 12)

Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria : ” Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! ” selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. Dans la foule, plusieurs, qui avaient entendu ces paroles, disaient : ” C’est vraiment lui le prophète ! ” D’autres disaient : ” C’est le Christ ! ” Mais d’autres disaient : ” Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? L’Écriture n’a-t-elle pas dit que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? ” Une scission se produisit donc dans la foule, à cause de lui. Certains d’entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta la main sur lui. Les gardes revinrent donc trouver les grands prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent : ” Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? ” Les gardes répondirent : ” Jamais homme n’a parlé comme cela ! ” Les Pharisiens répliquèrent : ” Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? Est-il un des notables qui ait cru en lui ? ou un des Pharisiens ? Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! ” Nicodème, l’un d’entre eux,  celui qui était venu trouver Jésus précédemment, leur dit : ” Notre Loi juge-t-elle un homme sans d’abord l’entendre et savoir ce qu’il fait ! ” Ils lui répondirent : ” Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n’est pas de la Galilée que surgit le prophète. ” Jésus leur adressa encore la parole. Il dit : « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. »

Mégalynaire

Lorsqu’ils assistèrent à la descente du Paraclet, les Apôtres virent avec étonnement comme sous la forme de langues de feu est apparu le Saint Esprit.

Réjouis-toi, ô Reine, glorieuse Vierge Mère. Quel rhéteur assez riche d’éloquence trouverait élégamment un éloge digne de toi ? Car tout esprit chancelle devant le mystère de ton enfantement divin ; aussi nous unissons nos voix pour te glorifier.

La Pentecôte était d’abord, comme Pâques, une fête juive. À l’origine, c’était la fête de la moisson des prémices (Exodes 23, 16). Plus tard, sous l’influence des Pharisiens, le caractère de cette fête se spiritualisa : elle devint la commémoration du don de la loi fait par Dieu à Moïse. La Pentecôte chrétienne prolonge ces deux lignes d’origine : les conversions et les miracles de la première Pentecôte chrétienne étaient les prémices de la religion de Jésus ; la venue de l’Esprit dans le cœur des disciples y   inscrivait une Loi nouvelle. Nous savons par Tertullien que, le IIIe siècle, les chrétiens célébraient leur propre fête de Pentecôte. D’après les soi-disant Constitutions apostoliques, la célébration de la Pentecôte, au IVe siècle, durait une semaine. On conférait le baptême aux catéchumènes la veille du dimanche de Pentecôte, comme on le faisait le samedi-saint. Pâques et la Pentecôte – la Pâque de l’Esprit – étaient mises sur pied d’égalité.

Dimanche des Saints Pères (Nérac)

Le soir du Jeudi-Saint, Jésus quitta le cénacle pour se rendre au jardin des oliviers. À un moment donné, il s’arrêta sur le chemin, et, levant les yeux au ciel, il pria son Père. C’est ce qu’on appelle la prière sacerdotale de Jésus, dont on vient de nous lire le début dans l’évangile de ce jour.
Jésus voit déjà plus loin que les souffrances de sa passion qui va commencer dans quelques instants avec son agonie au jardin des oliviers. Il voit déjà la gloire qui sera la sienne, sa résurrection et son ascension auprès du Père. Cette glorification à venir, Jésus la demande, à son Père, comme s’il disait ceci : puisque j’ai accompli sur la terre l’œuvre pour laquelle tu m’as envoyé, il faut maintenant que je sois récompensé, par la glorification de cette nature humaine que j’ai prise en descendant dans le monde des hommes. Jésus demande la gloire du ciel pour son humanité à lui, mais aussi pour toute l’humanité, pour nous tous.
 
Ainsi Jésus aura accompli sa mission. Il pourra donner la vie éternelle à tous les hommes, qui ne le rejetteront pas. Maintenant Jésus-Christ est dans le ciel, comme dans l’eucharistie, et il nous communique la vie éternelle.
Or la vie éternelle c’est d’abord de connaître le vrai Dieu et de l’aimer. Le vrai Dieu, c’est-à-dire la Sainte Trinité, une seule divinité, une seule vie, un seul amour, mais en trois personnes. Dans l’éternité, nous verrons le vrai Dieu, face à face, et cela nous rendra parfaitement heureux. Mais ici-bas tout commence par la foi, croire en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. La vie éternelle commence déjà pour nous par la connaissance du vrai Dieu, mais ici-bas, c’est dans l’obscurité de la foi, plus tard ce sera dans la clarté de la lumière éternelle. Pensons-nous à louer et à remercier Dieu pour le don de la foi et de la vie éternelle ?
Jésus dit qu’il ne prie pas pour le monde. Pourtant Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique et Jésus va mourir sur la croix pour tous les hommes. Jésus ici ne veut pas dire qu’il refuse de prier pour le monde, mais en fait il entend d’une manière spéciale prier pour ses apôtres et pour tous ceux qui croiront en lui. Jésus sait que sous peu il ne sera plus dans le monde, il sera dans la gloire du ciel, mais ses apôtres vont rester dans ce monde pour continuer sa mission.
Ils auront besoin pour continuer cette mission et pour être des témoins, de la force de l’Esprit Saint. Après sa résurrection, Jésus à plusieurs reprises annoncera la venue de l’Esprit et enjoindra à ses disciples de l’attendre à Jérusalem. Après l’ascension, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, les apôtres vont passer des jours à prier pour la venue de l’Esprit Saint, avec Marie, qui nous apparaît ici comme la Mère de l’Église. Ils vont prier pendant neuf jours. C’est la première neuvaine de l’histoire, la neuvaine du Saint-Esprit. Nous sommes maintenant dans cette neuvaine. À vêpres l’Église chante l’hymne du Veni Creator, pour implorer à nouveau la venue du Saint-Esprit à la pentecôte, pour que de nos jours aussi nous soyons de vrais témoins du Christ et que l’Église puisse rayonner dans le monde. Durant cette neuvaine, il faut prier avec la Sainte Vierge, Mère de l’Église, en disant le chapelet, afin qu’elle nous obtienne en abondance les dons du Saint-Esprit.
 
C’est aussi tout particulièrement le temps de la louange, car saint Luc nous dit qu’après l’ascension, les apôtres ne cessaient de louer Dieu et à la pentecôte, sous la douce motion de l’Esprit reçu, ils vont proclamer dans toutes les langues les merveilles de Dieu. La louange est une forme de prière très puissante, car elle nous remplit de joie et de lumière et dans la louange, le Seigneur répand sur nous, sur ceux que nous aimons et sur le monde entier, toutes sortes de bénédictions. Louez beaucoup le Seigneur et vous serez surpris de voir comment votre vie se transformera.
Oui, viens, Esprit Saint, visite le cœur de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour.
 
Gloire à toi, o Dieu, pour toutes les merveilles que tu as accomplies en notre faveur.
L’Ascension en Yougoslavie

Ascension de Notre Seigneur (2021)

Nous célébrons aujourd’hui le mystère de l’ascension. En tant que mystère, on le célèbre chaque année sans jamais finir de le comprendre. C’est même pour cela qu’il mérite le nom de mystère. L’évangéliste Luc lui-même ne décrit pas ce mystère avec les mêmes précisions. Dans la première lecture il nous présente des disciples qui certainement frappés d’étonnement devant l’événement restaient les yeux fixés au Ciel. Alors que dans l’Evangile, le même Luc, en racontant l’évènement, met cette fois-ci l’accent sur la joie qui déborde du cœur des disciples pendant que le maître monte au ciel. Que dirions-nous, Luc se contredit-il ? Certainement pas. En réalité, les mots sont toujours limités quant il faut parler de sa propre personne et plus encore quand il faut parler de l’Homme-Dieu. Le souci de Luc, il me semble, est de mettre l’accent sur deux attitudes qui caractérisent les disciples face à ce mystère : l’étonnement et la Joie.

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Dimanche de l’Aveugle-Né

Le Dimanche de l’Aveugle-né est le sixième dimanche de Pâques. Ce jour est consacré dans les Églises d’Orient – Églises orthodoxes et Églises catholiques de rite byzantin – à la commémoration de la guérison de l’Aveugle-né par Jésus.

Cette icône fait référence au texte de l’évangile de Jean 9 (1-3) : En passant, il vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : “Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?” Jésus répondit : “Ni lui, ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.”

Il se pose la même question dans le livre de Job. Pourquoi le juste est-il frappé ? Ce qui est sûr c’est que les vues de Dieu sont bien au-delà de celles de l’homme qui ne peut sonder ses volontés divines et demander des comptes. La maladie peut être une épreuve providentielle pour faire grandir l’âme : même dans un sentiment d’abandon, le juste sera sauvé. Par la souffrance endurée et offerte, le Serviteur de Dieu prend sur lui les maladies et expie leurs fautes à l’image du Christ qui a porté nos souffrances et péchés jusqu’à son humiliation sur la croix, transpercé pour nous sauver.

SIXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

Dimanche de l’Aveugle-né

À LA LITURGIE

Lecture de l’Évangile selon saint Jean

(9, 1-38)

34

En ce temps-là, Jésus vit en passant un homme qui était aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’aveugle il soit né ? Jésus répondit : Ni lui ni ses parents, mais c’est pour qu’en lui se manifestent les œuvres de Dieu. Tant qu’il fait jour, il me faut faire les oeuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient où nul ne peut travailler ; tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ! Cela dit, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, en enduisit les yeux de l’aveugle et lui dit : Va te laver à la piscine de Siloé, c’est-à-dire à la piscine de l’Envoyé. L’aveugle s’en alla, se lava, et il revint, voyant clair. Les voisins et les gens habitués à le voir mendier auparavant dirent alors : N’est-ce pas celui qui se tenait toujours là à mendier ? Les uns disaient : C’est lui. Les autres disaient : Non, mais il lui ressemble. Mais lui, il affirmait : C’est bien moi ! Ils lui dirent alors : Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts ? Il répondit : Celui qu’on appelle Jésus a fait de la boue, m’en a enduit les yeux et m’a dit : Va te laver à Siloé ! Alors je suis parti, je me suis lavé et j’ai vu clair. Ils lui dirent : Où est-il ? Il répondit : Je ne sais !

On amène aux Pharisiens l’ancien aveugle. Or c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. Les Pharisiens lui demandèrent donc à leur tour comment il avait recouvré la vue. Il leur dit : Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois. Certains des Pharisiens disaient : Cet homme ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le sabbat ; d’autres répliquaient : Comment un pécheur pourrait-il faire des miracles pareils ? Ils étaient divisés. Alors ils s’adressèrent encore une fois à l’aveugle : Et toi, que dis-tu de lui, de ce qu’il t’a ouvert les yeux ? L’homme répondit : C’est un prophète !

Cependant les Juifs ne voulurent pas croire que cet homme eût été aveugle et qu’il eût recouvré la vue, avant d’avoir convoqué ses parents ; ils leur demandèrent : Cet homme est-il bien votre fils, dont vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voit maintenant ? Ses parents répondirent : Nous savons que c’est notre fils et qu’il est né aveugle ; mais comment il y voit maintenant et qui lui a ouvert les yeux, nous n’en savons rien ; interrogez-le: il est assez grand pour s’expliquer ! C’est par crainte des Juifs que ses parents parlèrent ainsi ; car les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue quiconque reconnaîtrait Jésus pour le Christ. C’est pour cette raison que ses parents avaient dit : Il est assez grand, interrogez-le !

Les Juifs le convoquèrent donc une seconde fois et lui dirent : Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. Il répondit : Si c’est un pécheur, je ne sais ; ce que je sais, c’est que j’étais aveugle et qu’à présent j’y vois ! Ils lui dirent alors : Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit, et vous ne m’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’entendre une seconde fois ? Auriez-vous envie de devenir ses disciples, vous aussi ? Ils l’accablèrent d’injures, disant : Toi, tu es disciple de cet homme ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; mais lui, nous ne savons pas d’où il est. L’homme leur répondit : C’est là justement la chose étonnante, que vous ne sachiez pas d’où il est, alors qu’il m’a ouvert les yeux. Nous savons bien que Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais que, si un homme l’honore et accomplit sa volonté, celui-là, il l’exauce. Jamais on n’a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ! Ils lui répondirent : De naissance tu n’es que péché et tu nous fais la leçon ! Et ils le chassèrent au-dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé. Le rencontrant, il lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu ? Il lui répondit : Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu le vois, c’est lui qui te parle. Alors il dit : Je crois, Seigneur, et il se prosterna devant lui.

 


 

Interprétation
Pour saint Ambroise, Jésus est la lumière du monde. Il amène cette lumière au sein de la boue avec laquelle il guérit l’aveugle, cette même boue dont se sert son Père afin de créer l’Homme dans le livre de la Genèse. Le Christ envoie l’aveugle se laver car c’est le signe du baptême, cérémonie par laquelle Dieu donne sa lumière à l’humain qui l’a demandée1. Comme Jésus a dit “Lève-toi et marche” au paralytique, comme il a ressuscité Lazare, il donne la vue aux aveugles.

Selon le docteur de l’Église Jean Chrysostome, ce miracle reflète bel et bien que Jésus est le Fils de Dieu, mais aussi son égal. L’archevêque dit aussi qu’il faut suivre les voies de Dieu pour construire sa vie, en fait les vertus cardinales et théologales.

Le sens de ce dimanche dans le Pentecostaire


Le thème de l’eau baptismale est partout présent dans le Pentecostaire. Il est présent aussi dans la symbolique de cette fête : Jésus envoie l’homme laver la boue qu’il a déposé sur ses yeux au bassin de Siloam. (Le terme siloam est souvent compris comme « envoyé », d’où l’on interprète que la guérison de l’aveugle serait la récompense de son obéissance à Jésus.)

Le miracle de l’Aveugle-né (traditionnellement appelé Celidonius) est remarquable d’un double point de vue : tout d’abord, bien qu’il y ait de nombreux aveugles guéris tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, cet épisode est le seul où un aveugle-né voit pour la première fois ; bien que rien ne l’indique dans le texte biblique, le Pentecostaire suit la tradition selon laquelle l’homme était né aveugle et sans yeux. Lorsque Jésus fait de la boue avec sa salive et de la terre pour donner des yeux à l’aveugle, il réitère l’acte de création de l’homme, moulé par Dieu dans l’argile (Genèse 2:7). Selon l’interprétation chrétienne traditionnelle, le Salut accordé par Jésus à ses disciples est une nouvelle création (Paul, Cor. 5:17).

Le second aspect remarquable du miracle est que, non seulement, Jésus donne à l’homme la vue physiquement, mais aussi spirituellement. Dans la controverse théologique de l’Aveugle avec les Pharisiens qui suit le miracle, l’aveugle défend son opinion comme s’il avait étudié et reçu l’enseignement de la foi.

Les trois dimanches du Paralytique, de la Samaritaine et de l’Aveugle-né renvoient au baptême, chacun illustrant de façon différente un aspect de ce sacrement.

Dimanche de la Samaritaine

Pour comprendre comment le Christ accompagne chaque homme, chaque femme, dans son désir le plus vrai et le plus profond, nous allons méditer avec les Pères un instant sur le plus beau dialogue d’accompagnement qui existe dans l’Evangile : la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Jean 4). Jésus va accompagner cette femme, qui est comme nous, et comme tous ceux qui nous entourent : à travers sa soif intense, jusqu’à ce qu’elle devienne apôtre.

Un dialogue d’accompagnement : ça progresse ! On peut prendre l’image que l’on veut : “monter” (bien des Pères l’ont fait, cf. l’échelle par exemple) ; cela peut être aussi “creuser” : c’est ce que nous avons retenu ici. “Creuser un puits”, et cela concerne précisément ce dialogue du Christ et de la Samaritaine : Jésus va creuser un puits dans le cœur de cette femme, qui fréquente elle-même le Puits de Jacob. Partant de sa pratique quotidienne, Jésus va l’emmener très loin, très profond.

Quand on retient cette image de “creuser un puits”, on ne peut pas ne pas évoquer Christian de Chergé avec son ami Mohammed : c’est par ce “mot de passe” entre Christian et Mohammed(1) que l’on peut commencer, sans pouvoir dire encore ce que nous trouverons au fond de ce puits. Pour Christian de Chergé et Mohammed, la formule est utilisée pour prendre un rendez-vous spirituel : “Il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits !”. Christian de Chergé rapporte :

“L’image est restée. Nous l’employons quand nous éprouvons le besoin d’échanger en profondeur.
Une fois, par mode de plaisanterie, je lui posai la question : “Et au fond de notre puits, qu’est-ce que nous allons trouver ? de l’eau musulmane ou de l’eau chrétienne?”
Il m’a regardé mi-rieur, mi-chagriné : “Tout de même, il y a si longtemps que nous marchons ensemble et tu me poses encore cette question ! Tu sais, au fond de ce puits-là, ce qu’on trouve, c’est l’eau de Dieu.”
(L’Echelle Mystique du dialogue, 15).

Et l’eau de Dieu, c’est certainement “l’eau vive” ; c’est au fond du cœur de cette femme de Samarie que Jésus la fait jaillir dans l’échange qu’il a avec elle. C’est bien ce qui se produit dans l’accompagnement, avec des étapes diverses que nous mettrons à jour.

Il s’agit donc bien de relire avec soin le dialogue entre Jésus et la Samaritaine. Maurice Zundel (mort en 1975) nous dit de ce récit évangélique :

“Un récit évangélique qui jaillit comme une source dans un clair matin, c’est cette grâce du dialogue entre Jésus et la Samaritaine. Vous vous rappelez les termes de ce dialogue : comment Jésus, partant de l’eau du puits, éveille peu à peu dans la conscience de la Samaritaine, une pécheresse, le sens de la présence divine en lui faisant découvrir précisément Dieu, à l’intérieur d’elle-même, au plus secret de sa conscience, comme une source qui jaillit en vie éternelle. Cette révélation indépassable, éternelle, infinie, n’a pas encore été comprise et ne peut l’être, en effet, que par une conversion très profonde…”
(Maurice Zundel : Ton visage, ma lumière, Mame, Paris, 2011, p. 114).

Invitation donc à notre « conversion » et à nous laisser accompagner…

La Samaritaine interroge Jésus : “Seigneur, tu n’as pas même un seau et le puits est profond; d’où la tiens-tu donc, cette eau vive ?” (Jn 4, 11). Jésus, pour creuser ce puits, va s’y prendre au rythme de la femme : c’est elle qui mène toute l’opération, Jésus s’adapte à son rythme, comme il s’adapte au rythme de chacun d’entre nous ; on le voit avec Zachée, comme avec l’Aveugle-né, avec Marthe comme avec Marie…

Augustin (354-430) commente, et “dévoile” pour nous le secret de Dieu, pour nous faire avancer plus vite que la femme – trop vite ainsi pour que nous nous convertissions. Ecoutons cependant Augustin, qui nous rappelle le texte évangélique, mais nous suivrons ensuite tranquillement le chapitre 4 de Jean :

“Ce que promettait donc Notre-Seigneur, c’était la plénitude et la satiété dont le Saint-Esprit est l’auteur. La Samaritaine ne le comprenait pas encore, et dans son intelligence que répondait-elle ? Cette femme lui dit : “Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je ne vienne plus ici pour en tirer”. Travail pénible auquel la contraignaient ses besoins et qui rebutait sa faiblesse. Si seulement elle entendait ces paroles : “Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai” (Matth. 11, 28) ! Car ce que lui promettait Jésus, c’était la délivrance de sa peine ; mais elle ne le comprenait pas encore.”
(Homélies sur l’Evangile de Jean XV, 14-17, Bibliothèque Augustienne, 73A). 

Deux désirs

Deux désirs se rencontrent. Jésus commence par dire sa propre soif (“Donne-moi à boire”), pour adopter le rythme de la femme, femme de désir intense, de désir en attente car rien ne lui a été encore révélé, bien qu’elle adore Dieu sur le mont Garizim. Devant l’étonnement de cette femme qui ne tarde pas à lui demander pourtant de cette eau vive dont il lui parle, Jésus répond : “Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive.”

Jean Chrysostome (v.345-407) commente :

“Il sortira,[dit Jésus] des fleuves d’eau vive de son coeur. Ce qu’il entendait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui (Jean, 7, 38). C’est pourquoi, dans l’entretien qu’il a avec la Samaritaine, il appelle eau le Saint-Esprit : Celui, dit-il, qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura jamais soif. L’Ecriture appelle ainsi l’Esprit-Saint un fleuve pour montrer la force et l’ardeur de la grâce, et la destruction des péchés ; elle l’appelle une eau, pour marquer qu’elle purifie et rafraîchit l’âme de ceux qui la reçoivent. Et c’est avec raison : car tel est un jardin planté d’arbres chargés de fruits, et toujours verts, telle est une âme vigilante et soigneuse qu’embellit la grâce de l’Esprit-Saint. Elle ne permet pas, cette grâce, que la tristesse et la douleur, ni les ruses et les artifices de Satan lui portent la moindre atteinte, elle qui repousse facilement les traits enflammés de l’esprit malin.”
(Homélies sur Jean XXXII, 1).

En fait, pour parvenir à l’eau véritablement, il faudra quelques étapes : oui, car il est bien question de temps, de rythme quand on parle de l’attente.

1ère étape de la femme à travers ses questions : “Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ?” : Jésus plus grand que Jacob ?
La femme insiste, abandonnant momentanément la question du puits trop profond, alors que Jésus lui a répondu que celui qui boira l’eau qu’il donnera “n’aura plus jamais soif”.

“Ce bien seul [le Verbe] est vraiment doux, désirable, aimable ; sa jouissance génère sans cesse un désir plus grand, car sa participation aux vertus augmente l’envie que l’on a de lui.”
(Grégoire de Nysse : Homélies sur le Cantique des Cantiques, Hom. I).

Mais reprenons le rythme de l’accompagnement par Jésus.

2ème étape. Suivant alors déjà Jésus sans le savoir vraiment, la femme de Samarie demande : “Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici.”, Jésus lui répond par une invitation à la vérité : “Va, appelle ton mari et reviens ici.” Et c’est l’aveu – aveu du désir inextinguible : “Je n’ai pas de mari”. Mais Jésus en dit plus, révélant alors la vérité profonde de cette femme : “Tu en as eu cinq et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai.”Etonnant cet homme auquel peut-être la femme songeait pour être le septième !

Origène (v.185-254) dans une lecture symbolique où il joue sur les chiffres, selon les principes notamment des commentaires rabbiniques, tente de rapprocher déjà les cinq maris des cinq sens, qui manifestent que c’est d’abord dans le “sensible” et le “corporel” qu’il faut pêcher la Samaritaine, la tirer du puits où elle ne peut voir la lumière. Puis il rapproche encore les cinq maris avec les cinq livres de la Loi de Moïse, le Pentateuque (Commentaire sur Jean, t. III , SC 222: XIII, xxvi, 154) :

“Il vaut la peine de voir comment la Samaritaine, qui n’admet rien de plus que le Pentateuque de Moïse, attend la présence du Christ, qui serait donc annoncée par la seule Loi.”

C’est alors qu’après avoir cédé au sixième homme, “qui n’est pas son mari, légitime”, nous dit Origène, avec le septième, elle va être saisie au plus profond d’elle-même et trouver ce qu’elle cherchait :

“… après avoir renié [le sixième] et laissé là sa cruche, elle trouve un saint repos auprès du septième, faisant profiter aussi du même avantage les habitants d’une cité fondée sur ses anciennes croyances et édifiée sur des doctrines erronées”… (ibid. XIII, xxx, 179, p. 133).

[cf. signification biblique du chiffre sept : septième jour, repos de Dieu, accomplissement…]

Source :Extrait de l’article de (Marie-Christine Hazaël-Massieux)

Dimanche du Paralytique

Textes du Pentecostaire
Stichères du Paralytique ‒ ton 1

Ô Christ qui de ta main très-pure avais façonné le corps humain, * tu es venu guérir les malades, en ta bonté ; * et par ton verbe tu fis lever * le Paralytique à la piscine des Brebis ; * de l’Hémorroïsse tu apaisas la douleur, * de la Cananéenne tu guéris la fille tourmentée ; * tu n’as pas rejeté la prière du Centurion ; * aussi nous te crions : * Seigneur tout-puissant, gloire à toi. (bis)

Tel un cadavre vivant, * le Paralytique, te voyant, s’écria : * Aie pitié de moi, Seigneur, * car ma couche est devenue mon tombeau. * Que me rapporte la vie, * à quoi me sert la piscine des Brebis ? * Je n’ai personne pour m’y plonger * quand les eaux se mettent à bouillonner ; * mais je viens à toi, la Source des guérisons, * afin de crier avec tous : * Seigneur tout-puissant, gloire à toi.

Gloire au Père… Maintenant… Amen  t, 5

Jésus monta à Jérusalem, à la piscine des Brebis, * qui s’appelle en hébreu Béthesda : * en ses portiques, de nombreux malades étaient couchés ; * par intervalles, un Ange de Dieu descendait, * il la mettait en mouvement * et rendait force aux fidèles qui s’y plongeaient. * Or le Christ, voyant un homme malade depuis longtemps, * lui demanda : Veux-tu guérir ? * Le malade répondit : Je n’ai personne, Seigneur, * pour me plonger dans la piscine lorsque bouillonnent les eaux ; * j’ai dépensé tout mon avoir auprès des médecins * et je n’ai pas réussi à susciter leur pitié. * Mais le Médecin des âmes et des corps * lui dit : Prends ton grabat * et marche pour annoncer au monde entier * ma puissance et la grâce du salut.

Synaxaire

Ce même jour, quatrième dimanche de Pâques, nous faisons mémoire du Paralytique et célébrons un tel miracle comme il se doit. À la piscine Probatique le Christ, en sage médecin, a guéri le Paralytique par son seul verbe souverain.

Ce miracle a été placé ici parce que le Christ l’a fait au temps des Cinquante Jours, la Pentecôte hébraïque. Monté à Jérusalem pour la fête, il se rendit à la Piscine aux cinq portiques, édifiée par Salomon et appelée également Piscine Probatique, parce que c’est là qu’on lavait les entrailles des brebis immolées en sacrifice dans le Temple. C’est là aussi que se trouvait guéri le premier qui entrait lorsque l’eau était agitée par l’Ange une fois l’an, le Christ trouve donc là un homme de trente-huit ans, qui gît dans l’attente que quelqu’un le mette à l’eau. Par là nous apprenons quel bien sont l’endurance et la patience. Et, puisqu’il devait nous donner un baptême capable de laver toute faute, Dieu a montré dans l’Ancienne Alliance que des miracles pouvaient être produits par l’eau, afin que, lorsque viendrait le Baptême, on fût enclin à le recevoir. Jésus s’approche donc de ce Paralytique, appelé Jaros ou de quelque nom approchant, et l’interroge. Celui-ci lui expose le fait qu’il n’a personne pour l’aider. Et Jésus, sachant à quel point cet homme est consumé par l’infirmité, lui dit : « Prends ton grabat et marches.» Aussitôt il recouvre la santé et, prenant sa couche sur ses épaules, afin que cela ne paraisse pas une illusion, il marche jusque chez lui. Mais comme c’est le sabbat, les Juifs l’empêchent de faire cette marche. Lui, il se retranche derrière celui qui l’a guéri, puisqu’il lut a dit de marcher un jour de sabbat ; toutefois il ne sait pas qui il est. Car Jésus, dit l’Évangile, avait disparu dans la foule qui se pressait en ce lieu. Plus tard, Jésus le trouva dans le Temple et lui dit : « Te voilà guéri, ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive plus grande infirmité ! »

Il faut savoir que ce paralytique est différent de celui qui nous est présenté en Matthieu, car cela se passe à l’intérieur, qu’il y a des gens pour l’aider et que Jésus lui dit seulement : « Tes péchés te sont remis ! » Le miracle qui nous occupe s’accomplit au Portique de Salomon, et l’infirme n’a personne pour l’aider, comme dit le saint Évangile. Dans les deux cas cependant il porte son grabat. La guérison est fêtée à ce moment parce qu’elle a été opérée durant la période des Cinquante Jours, de même que la conversion de la Samaritaine et la guérison de l’Aveugle. Thomas et les Myrrhophores, nous les fêtons pour confirmer la Résurrection du Christ d’entre les morts ; les autres événements, jusqu’à l’Ascension, sont là parce qu’ils se sont produits à diverses occasions durant le temps des Cinquante Jours, la Pentecôte hébraïque ; et parce que Jean les mentionne à peu près dans cet ordre. En ta miséricorde infinie, Christ notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.

Lecture des actes des Apôtres
(Ac IX,32-42)

En ces jours-là, comme Pierre visitait tous les saints, il descendit aussi chez ceux qui demeuraient à Lydda. Il y trouva un homme nommé Énée, couché sur un grabat depuis huit ans, et paralytique. Pierre lui dit : « Énée, Jésus Christ te guérit. Lève-toi, et arrange ton grabat ». Et aussitôt il se leva. Tous les habitants de Lydda et de la plaine du Saron, ayant vu celà, se convertirent au Seigneur.
Il y avait à Joppé, parmi les disciples, une femme nommée Tabitha, ce qui se traduit par Dorcas : elle faisait beaucoup de bonnes œuvres et d’aumônes. Or, en ce temps-là, elle tomba malade et mourut. Après l’avoir lavée, on la déposa dans une chambre haute. Comme Lydda est près de Joppé, les disciples, ayant appris que Pierre s’y trouvait, envoyèrent deux hommes vers lui, pour le prier de venir chez eux sans tarder. Pierre se leva, et partit avec ces hommes. Lorsqu’il fut arrivé, on le conduisit dans la chambre haute. Toutes les veuves l’entourèrent en pleurant, et lui montrèrent les tuniques et les vêtements que faisait Dorcas pendant qu’elle était avec elles. Pierre fit sortir tout le monde, se mit à genoux, et pria ; puis, se tournant vers le corps, il dit : « Tabitha, lève-toi ! » Elle ouvrit les yeux, et ayant vu Pierre, elle s’assit. Il lui donna la main, et la fit lever. Il appela ensuite les saints et les veuves, et la leur présenta vivante. Cela fut connu de tout Joppé, et beaucoup crurent au Seigneur.

Lecture de l’Évangile selon Saint Jean
(Jn V,1-15)

En ce temps-là, à l’occasion d’une fête juive, Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la porte des brebis, il y a une piscine qui s’appelle en hébreu Bethesda, et qui a cinq portiques. Sous ces portiques étaient couchés en grand nombre des malades, des aveugles, des boiteux, des paralytiques, qui attendaient le mouvement de l’eau ; car un ange descendait de temps en temps dans la piscine, et agitait l’eau, et celui qui y descendait le premier après que l’eau avait été agitée était guéri, quelle que fût sa maladie. Il y avait là un homme malade depuis trente-huit ans. Jésus, l’ayant vu couché, et sachant qu’il était malade depuis longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? » Le malade lui répondit : « Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine quand l’eau est agitée, et, pendant que j’y vais, un autre descend avant moi ». « Lève-toi, lui dit Jésus, prends ton grabat, et marche » . Aussitôt cet homme fut guéri ; il prit son grabat, et marcha. C’était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à celui qui avait été guéri : « C’est le sabbat ; il ne t’est pas permis de porter ton grabat. » Il leur répondit : « Celui qui m’a guéri m’a dit : Prends ton grabat, et marche ». Ils lui demandèrent : « Qui est l’homme qui t’a dit : Prends ton grabat, et marche ? » Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c’était, car Jésus avait disparu de la foule qui était en ce lieu.
Plus tard, Jésus le trouva dans le temple, et lui dit : « Voici, tu as été guéri ; ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire. » Cet homme s’en alla, et annonça aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri.

Homélie *

Le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre s’accorde parfaitement avec le temps pascal que nous sommes en train de vivre ; outre les résonances baptismales qui y sont clairement évoquées nous assistons là à un évènement purement “résurrectionnel”.

Commentant cette péricope, saint Jean Chrysostome [2] nous parle de la guérison liée au baptême en ces termes :

Qu’est-ce que ce mode de guérison ? Il y a là un mystère : on nous décrit comme en figure les choses de l’avenir. Le baptême, qui devait être donné plus tard, ce baptême qui lave toutes les souillures et fait revivre les morts, est évoqué par l’image de la piscine.
Dieu a donné d’abord l’eau, qui lave les souillures du corps ; et dans l’ancienne Loi beaucoup de purifications se faisaient par l’eau. Pour nous faire approcher davantage du baptême, l’eau ici lave même les maladies ; et c’est un ange qui descend mettre l’eau en mouvement et lui donne la vertu de guérir, pour faire comprendre que le Seigneur des Anges pourra mieux encore guérir les maladies de l’âme. Car ce n’est pas par une vertu naturelle que cette eau guérissait ; mais elle guérissait par l’intervention de l’ange.

De même pour nous dans le baptême : l’eau enlève les péchés après qu’elle a reçu la grâce de l’Esprit.
Une multitude d’infirmes gisaient là ; mais leur infirmité même les empêchait d’entrer dans l’eau pour être guéris. À présent, chacun peut approcher et nous ne pouvons plus dire ‘un autre descend avant moi’ ; car même si le monde entier venait, la grâce ne serait pas épuisée.

Le Christ aurait pu ne pas aller à Béthesda car en ce lieu la religion était souvent mêlée de magie et l’on y vénérait autant Yahvé que le dieu grec de la guérison. Or Jésus a tenu justement à témoigner de la miséricorde de Dieu au bord de cette piscine où les malheureux, pour garder espoir, se contentaient d’un amalgame de croyances et de superstitions.

Une fois encore, c’est Jésus qui prend l’initiative de la rencontre ; non seulement l’homme ne demandait rien, mais il s’en retournera guéri sans même – dans un premier temps – avoir su le nom de son guérisseur.

« Veux-tu être guéri ? » demande le Christ ; et, comme c’est souvent le cas dans l’Évangile de saint Jean, l’homme se méprend d’abord sur ces paroles. Pour lui, “être guéri” supposerait une triple chance : D’abord que l’eau bouillonne, puis, qu’il soit présent à ce moment là et enfin qu’il trouve quelqu’un pour le plonger dans l’eau. « Guérir n’est pas pour moi » pense l’homme, et pourtant il revient depuis des années sans se résigner, sans se décourager, sans renoncer à l’espérance.

Le “Veux-tu être guéri” nous est aussi adressé par le Christ ; et nous devons comprendre par là « Veux-tu que je te guérisse, tout de suite et chaque jour ? ». Si le Christ nous guérit alors ce n’est plus une question de chance, mais c’est une question de foi, et il nous suffit d’obéir aux trois ordres donnés : “Lève-toi !”, “Prends ton grabat !” et “Marche !”.

« Lève-toi ! » nous dit le Seigneur… Alors qu’il serait si facile d’entrer dans la tentation de se faire porter par nos semblables, d’imposer aux autres le poids de nos misères et de notre inertie ! Ne succombons pas à la facilité de nous installer dans nos paralysies spirituelles ! C’est pour nous tout un programme de vie : il nous faut quitter le grabat, signe de la paralysie, de l’impuissance et de la dépendance, pour accepter de vivre debout, vulnérables, certes, mais restaurés dans notre autonomie et notre dignité d’êtres libres.

« Prendre son grabat » c’est avoir la certitude de sa guérison. Tout comme le paralytique nous n’aurons plus à revenir auprès de la piscine, nous n’aurons plus à en vouloir à notre prochain de n’avoir pas été là au bon moment. Renonçons à nous faire porter, ne laissons aucune trace de notre infirmité dans notre entourage !

Et donc « marchons ! »
Mettons en œuvre la nouvelle liberté, la nouvelle santé spirituelle que le Christ nous donne. Marchons et témoignons que Dieu opère des miracles dans notre quotidien – même le jour du Sabbat ! – Lui qui non seulement nous donne la vie mais nous accueille dans la Vie Éternelle.

L’infirmité et le grabat du paralytique nous évoquent bien évidemment la Croix et le Tombeau du Christ, en tant que lieu ou objet de souffrance et d’immobilité, mais ils sont garants d’une nouvelle vie, ils sont garants de la Résurrection.

N’ayons donc pas peur quand surviendront toutes ces petites morts physiques et spirituelles qui font immanquablement partie de notre condition humaine ! Pour autant que notre cœur soit tout écoute à Dieu, elles ne seront que tremplins et occasions de rencontre avec le Seigneur, nous préparant ainsi d’ores et déjà à la communion plénière avec Lui dans un face à face éternel.

Pour être guéris par le Christ sur la route de notre propre Exode ; pour être des témoins vivants de Sa résurrection ; il nous suffit de faire, avec la force qu’Il donne à ceux qui la Lui demandent, ces trois choses toutes simples que nous avons trop tendance à croire impossibles : Nous lever à Son appel, emporter, une bonne fois pour toutes, les tristesses de notre passé,

Marcher avec la certitude d’être aimés par Celui qui s’est fait homme pour nous sauver !

Amen !

Notes
*  Homélie prononcée par Père Élisée le 14 mai 2006 à la crypte

[2] Dans sa 36e homélie sur l’évangile selon saint Jean

Source

Dimanche des Myrophores

Atelier Micha Greschny
(l’épouse du célèbre iconographe du Tarn était présente à la consécration de l’église de Dénat et lors du banquet à la table de notre bien-aimé évêque LUKA)

Ce troisième dimanche de Pâques, nous célébrons la Fête des Saintes Femmes Myrophores ; nous faisons aussi mémoire de Joseph d’Arimathie, secret disciple du Seigneur ; et nous y ajoutons le souvenir de Nicodème, qui venait de nuit pour écouter Jésus. Les Saintes Femmes Myrophores offraient la myrrhe au Christ défunt : à leur mémoire j’offre encore une hymne en guise de parfum.

L’icône rapportée de Jérusalem et offerte par le Monastère de St Sabbas
Le Père Abbé Antoine entouré des deux frères Gilbert et Yves Mas, les premiers fidèles avec leur pieuse mère Denise, de St Genest, proche de Dénat, il y a plus de 45 ans

Ces femmes furent, les premières, témoins de la Résurrection, des témoins véridiques; Joseph et Nicodème furent témoins de l’ensevelissement : tout cela est très important et résume parfaitement le dogme chrétien. Nicodème fut exclu de la synagogue pour n’avoir pas voulu prendre le parti des Juifs. Joseph, après avoir enseveli le Corps du Seigneur, fut jeté par les Juifs dans une fosse, mais il en fut tiré par divine puissance et s’en fut dans son pays d’origine, Arimathie : alors qu’il s’y trouvait, le Christ lui apparut et confirma pour lui le Mystère de la Résurrection.

Malgré tout ce qu’il souffrit de la part des Juifs, il ne put passer ce mystère sous silence, mais hardiment il fit connaître à tous ce qui s’était passé. On dit aussi que Nicodème fut le premier de tous à donner par écrit des détails sur la Passion du Christ et sur Sa Résurrection, parce qu’il était de la synagogue et qu’il connaissait très exactement absolument tout des décisions prises par les Juifs et de leurs paroles. Et, comme nous l’avons dit, pour cette raison qu’ils furent les témoins véridiques de l’ensevelissement, ils ont pris place avec les Femmes qui ont vu la Résurrection. Après la première confirmation apportée par Thomas, voici donc la seconde, qui arriva, dit-on, huit jours après.

Certes, ce sont les femmes qui, les premières, ont vu la Résurrection et l’ont annoncée aux Disciples. Il fallait en effet que le sexe féminin, le premier qui succomba au péché et reçut comme héritage la malédiction, vit aussi le premier la Résurrection et le premier reçût l’annonce de la joie, lui qui s’était entendu dire : «Tu enfanteras dans les douleurs.» On les appelle Myrophores pour la raison suivante : comme c’était la fête de Pâques, le sabbat auquel préparait ce vendredi était un grand jour; aussi Joseph et Nicodème se hâtèrent d’ensevelir le corps du Seigneur.

Lecture de l’épitre

Selon la coutume juive, ils L’enduisirent d’aromates, mais pas exactement comme il fallait. Ils répandirent principalement de la myrrhe et de l’aloès, L’enveloppèrent d’un linceul et Le déposèrent dans le sépulcre. Pour cela les femmes, en raison de l’amour ardent qu’elles nourrissaient comme Ses disciples envers le Christ, achetèrent du parfum de grand prix, se rendirent de nuit, ensemble, par peur des juifs, mais aussi parce que c’était l’usage, pour les femmes, d’aller ensemble, très tôt, pour Le pleurer et L’embaumer, pour achever ce qui par manque de temps n’avait pu être accompli. Lorsqu’elles furent arrivées, elles eurent différentes visions : elles virent les deux Anges resplendissants à l’intérieur du tombeau, un autre assis sur la pierre; après quoi elles virent le Christ et se prosternèrent devant Lui. Quant à Madeleine, elle l’interrogea comme si c’était le jardinier.

Proclamation du Saint Évangile

Il y eut de nombreuses Myrophores, mais les Évangélistes, ne faisant mention que des plus importantes, ont passé les autres sous silence. Les voici donc. La première de toutes est Marie Madeleine, dont le Christ avait chassé sept démons. Après l’Ascension du Christ, elle s’en fut à Rome, à ce qu’on dit, et livra Pilate et les grands prêtres à une nouvelle mort en rapportant à l’empereur Tibère les faits concernant le Christ. Plus tard, elle mourut à Éphèse et fut ensevelie près de Jean le Théologien. Sous Léon le Sage, son corps fut transféré à Constantinople.

TROISIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

ou Dimanche des Myrophores

Lecture de l’Évangile selon saint Marc

(15, 43- 16, 8)

69

En ce temps-là, Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort : il fit appeler le centurion et lui demanda si Jésus était bien mort. Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. Celui-ci acheta un linceul, descendit Jésus de la croix, l’enveloppa du linceul et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. Or Marie Madeleine et Marie, mère de Joseph, regardaient où il était déposé. Lorsque fut passé le sabbat, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles allèrent au sépulcre, au lever du soleil. Elles se disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau ? Levant les yeux, elles virent qu’on avait roulé la pierre : or elle était fort grande. Elles entrèrent dans le sépulcre et virent un jeune homme, assis à droite, vêtu d’une robe blanche, et elles furent effrayées. Mais il leur dit : Ne craignez point ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié: il est ressuscité, il n’est plus ici ; voici le lieu où on l’avait déposé. Allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. Sortant du sépulcre, elles s’enfuirent, toutes tremblantes de frayeur, et ne dirent rien à personne, car elles étaient saisies d’effroi.

Les porteuses de parfum, * venues de bon matin * au sépulcre de la Source de vie, * trouvèrent un Ange assis * sur la pierre du tombeau, * et cet Ange leur parla ainsi : * Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui vit, * pourquoi pleurez-vous sur la tombe du Seigneur immortel ? * Allez informer ses Disciples de la Résurrection.

Le proto-prêtre ANGELO et doyen du Clergé, recteur de la Paroisse, concélébra malgré une santé très précaire

Venez, femmes annonciatrices de ce que vous avez perçu, * et dites à Sion : * Reçois de nous la joyeuse nouvelle * de la Résurrection du Christ ; * exulte de joie, * Jérusalem, danse d’allégresse, * voyant le Christ ton Roi * sortir du tombeau, comme de la chambre un époux.

Sainte Communion
Bénédiction finale car CHRIST est RESSUSCITÉ !

Sermon de Saint Jean de San Francisco

« Le Christ ressuscité a envoyé les apôtres prêcher dans tous les pays. L’Église du Christ ne fut pas fondée pour un seul peuple, pour un seul pays, mais pour le monde entier. Tous les hommes, tous les peuples, tous les pays sont appelés à la foi en Dieu véritable.
Les apôtres ont pleinement accompli l’ordre du Christ en parcourant toutes les nations. Simon le Zélote est allé en Grande-Bretagne ; Jacques, fils de Zébédée, en Espagne ; Thomas, aux Indes et, selon la Tradition, il a poursuivi jusqu’en Inde. L’apôtre André a prêché en Russie et en Grèce. Suivant la tradition établie, Lazare, le ressuscité après quatre jours, fuyant devant les Juifs qui voulaient le massa­crer, est arrivé en France. Avec ses sœurs, Marthe et Marie, il s’est installé à Marseille et a prêché en Provence. Trophime d’Arles et d’autres disciples d’entre les soixante-dix ont sillonné la France.

Ainsi, dès les temps apostoliques, la foi orthodoxe du Christ fut prêchée en Gaule, la France actuelle. C’est à l’Église orthodoxe qu’appartiennent saint Martin de Tours, le grand Cassien, fondateur de l’abbaye de Marseille où, durant de longues années, il donna l’exemple de la vie ascétique, saint Germain et sainte Geneviève de Paris, parmi une multitude d’autres. Voilà pourquoi la foi orthodoxe n’est pas, pour les Français, celle d’un peuple étranger. C’est la leur, confessée ici, en France, par leurs ancêtres depuis les temps anciens : elle est la foi de leurs pères.
Sincèrement et chaleureusement, nous souhaitons que la foi orthodoxe, dans sa forme propre au génie français, rétablie sur le sol de France, redevienne pour tout son peuple la foi maternelle, comme elle l’est demeurée pour les Russes, les Serbes, les Grecs, selon l’esprit particulier de chacun de ces peuples.
Le propre du calendrier oriental — le pentecostaire — glorifie aujourd’hui, tout comme le sanctoral occidental, le saint archange Michel, qui s’est manifesté également, en Orient et en Occident, afin de vivifier les forces spirituelles des hommes pour les actes héroïques, de même qu’il inspira jadis à Jeanne d’Arc la lutte pour la liberté de la France.
Aujourd’hui, selon l’ancien calendrier, l’Église orthodoxe glorifie le saint apôtre Marc, l’un des quatre évangélistes qui, avant de partir pour Alexandrie, vint en Europe occidentale où il écrivit son saint Évangile — à Rome — en latin même selon certains.
À présent, nous en avons la conviction, l’élévation politique et patriotique de la France s’accomplit : qu’elle soit unie à son élévation spirituelle ! Que renaisse la France orthodoxe et que la bénédiction divine soit sur elle ! »

Tropaire t, 5

Comme un soleil spirituel dans le ciel du firmament, tu as éclairé le monde entier et tu as illuminé les âmes des hommes. C’est pourquoi ton nom est glorifié à l’Orient et à l’Occident, car tu brilles de la grâce du Soleil de Justice, ô Jean notre pasteur bien-aimé. Aussi ne cesse pas de supplier le Christ, afin qu’il ait pitié de nos âmes.

Les orthodoxes de ces derniers temps sont spirituellement endormis

Les orthodoxes de ces derniers temps sont spirituellement endormis

1

[…] Les chrétiens orthodoxes de ces derniers temps sont en effet spirituellement endormis et ont désespérément besoin d’être réveillés par une trompette de l’Esprit comme saint Syméon [le Nouveau Théologien].
Ceux qui sont orthodoxes de naissance et par habitude ne sont pas ceux qui doivent hériter du Royaume éternel du Ciel, ils doivent être réveillés pour l’accomplissement conscient des commandements du Christ, et une réception consciente du Saint Esprit de Dieu, comme saint Syméon l’a enseigné avec tant d’éloquence.

[…] Pour saint Syméon, comme pour tous les véritables chrétiens orthodoxes, la théologie, c’est la vie; les véritables paroles de Dieu qui parlent au cœur chrétien, le relèvent de sa paresse et de sa négligence, et l’inspirent pour lutter pour le Royaume éternel, qui peut être goûté à l’avance, même maintenant dans la vie de Grâce que Dieu fait descendre sur Ses fidèles par Son Esprit Saint sanctifiant.

2

Chrétiens orthodoxes, tenez-vous en fermement à la Grâce que vous avez; Ne la laissez jamais devenir une question d’habitude; ne la mesurez pas à l’aune des mesures humaines, n’espérez pas qu’elle soit logique ou compréhensible par ceux qui ne comprennent rien de plus haut que ce qui est humain. Que tous les chrétiens orthodoxes s’affermissent pour la bataille à venir, n’oubliant jamais qu’en Christ, la victoire est déjà nôtre.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après Hieromonk Seraphim (Rose)
1)
Préface du livre
The Sin of adam and our Redemption
(Le Péché d’Adam et notre Rédemption):
Sept Homélies par Saint Syméon le Nouveau Théologien
2)
Orthodoxy and the Religion of the Future
(L’orthodoxie et la Religion du Futur)
Saint Herman of Alaska Brotherhood,
Platina, CA, USA 1979.
http://orthodoxologie.blogspot.com/