Quand le feu s’éteint : le recours au repentir

Inspiré par les Récits d’un pèlerin russe

1- Je n’aime pas Dieu. Car si j’aimais Dieu, je penserais continuellement à Lui avec une joie profonde. Chaque pensée de Dieu me donnerait plaisir et délice.

Au contraire, je pense aux choses du monde, et penser à Dieu est pour moi un labeur et une sécheresse.

Si j’aimais Dieu, parler avec Lui dans la prière serait ma nourriture et ma joie, et cela m’entraînerait à une communion ininterrompue avec Lui. Mais au contraire, non seulement je ne trouve aucun délice dans la prière, mais je trouve même que c’est un effort.

Je lutte avec aversion, je suis affaibli par la paresse, et je suis prêt à m’empresser vers n’importe quelle bagatelle sans importance pour peu qu’elle raccourcisse ma prière ou m’en détourne.

Mon temps s’envole dans des occupations futiles. Mais quand je suis occupé avec Dieu, quand je me mets en Sa présence, chaque minute me paraît une année.

Celui qui aime quelqu’un pense à lui tout le jour, sans arrêt. Il se représente son image, prend soin de lui, et en aucune circonstance l’être aimé ne quitte ses pensées.

Quant à moi, de toute la journée, c’est à peine si je réserve une heure pour me plonger dans le souvenir de Dieu, pour enflammer mon cœur pour Lui, alors que j’abandonne avec empressement vingt-trois heures en offrande fervente aux idoles de mes passions.

Je ne demande qu’à parler de sujets frivoles qui dégradent l’âme, et cela me fait plaisir. Mais s’il s’agit de méditer sur Dieu, c’est l’aridité, l’ennui et la paresse.

Même si je suis involontairement conduit par d’autres à un sujet spirituel, je m’efforce vite de détourner la conversation pour qu’elle convienne à mes désirs.

Je suis inlassablement curieux des nouveautés et des événements politiques. Je cherche avec ardeur à satisfaire mon amour pour les connaissances de la science et de l’art. Mais l’étude de la Loi de Dieu, la connaissance de Dieu et de la foi ont peu d’attrait pour moi et ne répondent pas à un besoin de mon âme.

Non seulement je les considère comme des occupations non essentielles pour un chrétien, mais encore, à l’occasion, comme un superflu dont je m’occuperai peut-être pendant mes loisirs, aux moments perdus.

En définitive, si l’on reconnaît l’amour de Dieu à l’observance de ce commandement :
« Si vous m’aimez, gardez mes commandements », dit notre Seigneur Jésus-Christ,
non seulement je ne les observe pas, mais encore je m’efforce peu de le faire.

Et en toute vérité, il en résulte que je n’aime pas Dieu.


« La preuve qu’un homme n’aime pas Dieu et son Christ réside dans le fait qu’il n’observe pas Ses commandements. »

Saint Basile le Grand

2- Je n’aime pas non plus mon prochain.

Car non seulement je ne suis pas capable de sacrifier ma vie pour lui comme le demande l’Évangile, mais je ne renonce même pas à mon bonheur, à mon bien-être et à ma paix pour le bien de mon prochain.

Si je l’aimais comme moi-même, comme l’ordonne l’Évangile, ses malheurs m’affligeraient et son bonheur me réjouirait.

Mais au contraire, j’écoute sur mon prochain des histoires curieuses et malheureuses, et je ne suis pas affligé. Je ne m’en trouble nullement. Pire encore, j’y prends un certain plaisir.

La mauvaise conduite de mon frère, au lieu de la couvrir avec amour, je la proclame avec censure.

Son bien-être, son bonheur et ses joies ne me réjouissent pas comme les miens, et je n’en ressens aucun plaisir, comme s’il m’était complètement étranger.

Qui plus est, ils suscitent insidieusement en moi l’envie ou le dédain.

3 – Je n’ai aucune foi religieuse véritable

Si j’étais fermement persuadé, sans aucun doute, qu’au-delà de la tombe se trouve la vie éternelle et la récompense des actes de cette vie, j’y penserais continuellement.

L’idée même de l’immortalité m’emplirait de crainte, et je mènerais cette vie comme un étranger qui se prépare à entrer dans sa patrie.

Au contraire, je ne pense même pas à l’éternité, et je considère la fin de cette vie sur la terre comme la limite de mon existence.

Une pensée secrète naît en moi :
« Qui sait ce qui survient au moment de la mort ? »

Si je dis que je crois en l’immortalité, ce n’est qu’une affirmation de l’esprit ; mon cœur, lui, est loin d’en avoir la ferme conviction.

Ma conduite et mon souci constant de satisfaire la vie des sens en témoignent clairement.

Si mon cœur avait foi dans le saint Évangile comme parole de Dieu, je m’en préoccuperais continuellement. Je l’étudierais, j’y trouverais mes délices, et j’y attacherais mon attention avec une profonde ferveur.

La sagesse, la grâce et l’amour y sont cachés. Je ferais jour et nuit ma joie de l’étude de la Loi de Dieu. Elle serait ma nourriture, mon pain quotidien, et mon cœur garderait spontanément ses commandements.

Rien sur terre n’aurait assez de force pour m’en détourner.

Au contraire, si de temps à autre je lis ou entends la parole de Dieu, ce n’est guère par amour d’elle, mais par nécessité. Je n’y prête pas une grande attention et je la trouve morne et sans intérêt.

Je parviens généralement à la fin de ma lecture sans en retirer aucun profit, toujours prêt à la remplacer par une lecture mondaine à laquelle je prends plus de plaisir et où je trouve des sujets nouveaux et intéressants.


4- Je suis rempli d’orgueil et d’égoïsme charnel

Si je vois quelque chose de bon en moi, je désire le montrer ou en faire mon orgueil devant les autres, ou en moi-même pour m’admirer.

Bien que j’affiche une humilité extérieure, je l’attribue en réalité à mon propre mérite et me considère comme supérieur aux autres, ou du moins pas plus mauvais qu’eux.

Si je remarque une faute en moi, j’essaie de l’excuser, de la couvrir, en disant :
« Je suis fait ainsi » ou « Je ne suis pas à blâmer ».

Je me mets en colère contre ceux qui ne me traitent pas avec respect et je les juge incapables d’apprécier la valeur des personnes. Je me vante de mes dons. Mes échecs, je les considère comme une insulte personnelle. Je trouve du plaisir dans le malheur de mes ennemis.

Si je m’efforce à quelque chose de bien, c’est pour en tirer de la gloire, une satisfaction spirituelle ou une consolation terrestre.

En un mot, je fais continuellement une idole de moi-même et je la sers sans cesse, cherchant en toute chose une nourriture pour mes passions et mes convoitises.


Conclusion

À l’examen de tout cela, je reconnais en moi la chute, l’endurcissement du cœur, l’obscurcissement de l’intelligence et la domination des passions. L’image de Dieu en moi est ternie ; mes pensées sont dispersées, ma volonté affaiblie, mon cœur refroidi. Je vis selon l’homme ancien, esclave de l’orgueil et de l’amour-propre, loin de la communion vivante avec Dieu.

Et pourtant, l’Église ne me laisse pas dans le désespoir. Car si je vois ma maladie, c’est que la grâce agit encore secrètement en moi. La conscience de mon péché est déjà une visitation de l’Esprit Saint, un appel à la métanoïa, un commencement de retour vers le Père.

Je ne dois donc ni m’accuser avec désespoir, ni me justifier avec orgueil, mais entrer dans le repentir véritable, dans la contrition du cœur. Le Seigneur, riche en miséricorde, ne repousse pas l’âme qui vient à Lui avec humilité.

C’est pourquoi je dois m’approcher du saint Mystère de la Confession, non comme d’un tribunal humain, mais comme d’un lieu de guérison. Là, devant le Christ invisiblement présent, je dépose mes péchés. Là, par le ministère du prêtre, la grâce du Saint-Esprit me relève, me purifie et me réconcilie avec l’Église.

Que je ne tarde pas. Que je ne diffère pas ce retour.
Car le repentir est la porte de la vie, et la confession sincère est le commencement de la restauration de l’image divine en moi.

Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur.