MARIAGE de Jean-René DONNADIEU et Laurie-Sandrine MAILLET

 à NIMES (Gard) par le Père THIERRY, recteur de la Paroisse St Saturnin Toulouse

Commentaires sur les rites du mariage

Par le Sacrement du mariage, l’homme s’unit à la femme dans le Saint Esprit, comme, dans le Saint Esprit, le Christ s’est uni à l’Église. L’amour conjugal vrai est donc une Icône de l’amour que le Christ porte à son Église.

La signification profonde du Sacrement est révélée en particulier dans les lectures de l’Épître et de l’Évangile. Dans la lecture de l’Épître (Eph. V,20- 23), il est exposé la ressemblance de l’union conjugale avec l’union du Christ et de l’Église comme nous venons de le voir, tandis que l’Évangile raconte le miracle de la transformation de l’eau en vin par le Seigneur aux Noces de Cana en préfiguration du miracle encore plus grand de l ‘Eucharistie -ce festin nuptial de toute l’Église. (Jean II , I-II)

Par le Sacrement du mariage, l’Église confère au couple force et grâce pour la vie commune. Il est considéré, en principe, comme unique, car le mystère de l’amour conjugal, c’est justement le don total et définitif de deux êtres l’un à l’autre.

Le divorce n’existe pas dans l’Orthodoxie. L’Église reconnaît la rupture d’un mariage -en cas d’adultère, conformément au Saint Évangile. Dans ce cas, elle permet au parti innocent de vivre à part, sans pourtant se remarier, tant que vit le parti adultère.

Elle reconnaît aussi parfois l’anti-canonicité et l’invalidité d’un mariage. En pareil cas, le mariage n’a jamais réellement existé, malgré la cérémonie extérieure.

Les rites

La liturgie orthodoxe, dans une spirituelle profusion scripturaire et patristique, nous donne une véritable théologie du mariage, tant par son rattachement symbolique aux noces du Christ et de l ‘Église, que par sa perspective inspirée qui accompagne cette image à travers l ‘histoire des Patriarches de l’Ancien Testament.

Les conjoints n’ont donc aucune peine à découvrir comment, par leur relation avec l’union du Christ et de l’Église, les noces charnelles sont élevées à cette grandeur incomparable qui en justifie le mystère, la sacramentalité et les autres prérogatives.

La célébration du mariage comporte deux cérémonies : celles des fiançailles et celle du couronnement. En général, elles se confondent étant célébrées l’une après l’autre, sans interruption. Il est pourtant possible de les célébrer séparément. Dans le cas où les fiançailles sont célébrées indépendamment du mariage, ces fiançailles peuvent être rompues sans intervention de l’Église. 

Les fiançailles

Les futurs mariés se présentent près des portes de l’Église. Ils reçoivent chacun du prêtre un cierge allumé, et ce dernier proclame la doxologie suivie de la grande litanie diaconale comprenant des demandes spéciales pour les fiancés.

Suit une double prière du prêtre :

«Dieu éternel , Toi qui rassembles dans l’unité ce qui est séparé … Qui a bénis Isaac et Rébecca …. Toi même bénis aussi tes serviteurs N et N et diriges les à toute oeuvre bonne …. »

«Seigneur notre Dieu, Qui parmi les nations as pris pour fiancée la vierge pure qu ‘est l’Église», bénis ces fiançailles, unis et garde Tes serviteurs dans la paix et la concorde ….. »

Ces prières dites, le prêtre prend les anneaux qu’il remet aux fiancés en disant : «Le serviteur (la servante) de Dieu N … est fiancé (e) à la servante (au serviteur) de Dieu N …. au Nom du Père et du Fils et du St Esprit …. »

Puis le prêtre dit une prière exposant la signification de l’anneau, se référant aux cas où il est parlé de l’anneau dans l’ancienTestament, puisque dans l’antiquité cet objet fut un signe de pouvoir et aussi un sceau. Dans les fiançailles l’anneau scelle la fidélité réciproque des fiancés. Après avoir rappelé le choix de Rébecca comme fiancée d ‘Isaac, le prêtre prie Dieu de bénir les fiançailles , de jeter Ses yeux sur Ses serviteurs er de les confirmer dans la concorde , la fidélité et l’amour.

Après avoir exposé le rôle de l’anneau, celui-ci est porté à la main droite. La prière suivante se termine par une demande à Dieu de bénir «cette remise d’anneaux d’une  bénédiction céleste et que l’Ange du Seigneur marche devant les fiancés tous les jours de leur vie».

Le Mariage ou Couronnement

Tenant les cierges allumés, les fiancés précédés du prêtre s’avancent vers le lutrin au milieu de l’Église. La coutume est de disposer, à l’endroit où doivent se tenir les fiancés, une pièce d’étoffe de couleur blanche.

Le prêtre entonne le Psaume 127. Après une éventuelle prédication aux fiancés leur expliquant le sens du sacrement, il s’assure du consentement mutuel des fiancés de s’épouser :

Au fiancé , il demande :

«As-tu la volonté arrêtée, sans influence d’aucune sorte, et la ferme résolution de prendre pour femme N…… ici présente devant toi, pour compagne de ta vie en toute circonstance, dans le bonheur et le malheur, dans la joie ou dans la douleur, dans le bien-être ou dans l’adversité, dans les richesses ou dans la pauvreté, et promets-tu devant Dieu et l’Église de lui rester fidèle jusqu’à la fin de tes jours ?»

Après la réponse «Oui» , le prêtre s’assure qu’il ne s’est pas engagé envers une autre femme. Après une réponse négative à cette dernière question, les mêmes questions sont posées à la fiancée, et exigent les mêmes réponses.

L’accord réciproque reçu, le prêtre proclame : «Béni soit le Règne du Père et du Fils et du St Esprit en tout temps, maintenant et toujours … », et le diacre commence la grande litanie consacrée aux fiancés «qui s’unissent maintenant l’un à l’autre dans la vie commune du mariage.

La litanie est suivie de trois prières du prêtre. Dans la première, le prêtre rappelle la création de l’homme, le commandement de croître et de se multiplier, il énumère aussi les couples de l’ancien Testament : Abraham et Sara, Isaac et Rébecca, Jacob et Rachel de qui sont issus les douze Patriarches, Zacharie et Élisabeth dont l’enfant fut le Précurseur ; Joachim et Anne de la racine de Jessé, de laquelle est sortie «celle qui est toujours vierge».

La deuxième prière reprend les références aux Patriarches, demandant à Dieu de bénir les fiancés comme Il a béni les Ancêtres de l’Ancienne Loi. Les parents et amis ne sont pas oubliés dans cette prière «Souviens toi ô Dieu de leurs parents qui les ont élevés, car la prière des parents assura à la maison de solides fondements. Souviens-toi, Seigneur notre Dieu des paranymphes, Tes serviteurs qui sont venus prendre part à cette joie».

Enfin avant de procéder au Couronnement, le prêtre lit une troisième prière qui est en quelque sorte un résumé des deux premières.

Ensuite, il prend les couronnes , dont la remise va marquer le moment central du Sacrement du mariage . Ces couronnes sont la récompense de ceux qui se marient pour la pureté de leur vie.

Le Prêtre couronne d’abord l’époux en disant :

«Le Serviteur de Dieu N …. reçoit pour couronne la servante de Dieu N … au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit» .

Il fait de même pour l’épouse.

Avant de déposer les couronnes sur la tête des nouveaux mariés, il trace avec chacune une croix et fait baiser l’icône qui figure sur le devant de la couronne.

L’usage des couronnes en tant qu’usage païen fut durant les premiers siècles, combattu par les Pères de l’Église. Il revint à St Jean Chrysostome de l ‘admettre et de lui donner une signification symbolique chrétienne. Les russes emploient des couronnes métalliques et ornées de pierreries, les Grecs apportent leurs couronnes faites de plantes (fleurs d’orangers).

Ayant béni les époux, le prêtre proclame par trois fois : «Seigneur, notre Dieu, couronne-les de gloire et d’honneur».

Dès lors les fiancés sont mari et femme.

Suivent l’Épître et l ‘Évangile, puis une nouvelle litanie pour «ceux qui sont unis à présent pour la vie commune du mariage».

Après le «Notre Père», le prêtre prie sur une coupe de vin, coupe de la «vie commune», offerte à «ceux qui viennent d’être unis pour la vie commune du mariage, pour demander à Dieu de la bénir d’une bénédiction spirituelle. La coupe est présentée tour à tour à l’époux et à l’épouse par trois fois.

Le vin de la coupe rappelle le vin de Cana, et la coupe bue en commun exprime que les époux auront à boire la coupe de la vie partageant les épreuves et les joies. Comme après le baptême, les époux, mains jointes et précédés du prêtre font par trois fois le tour du lutrin central. Rappelons que le cercle symbolise l’éternité. Ainsi ce cheminement exprime l’engagement réciproque de fidélité durant toute leur vie.

Durant cette procession, le prêtre à chaque tour proclame un souhait repris par le chœur.

Par le premier est louée la Vierge ; le deuxième sollicite l’intercession des saints martyrs qui ont «combattu vaillamment» et le dernier glorifie le Christ Dieu.

Puis l ‘on procède à l’enlèvement des couronnes.

En enlevant la couronne de l’époux, le prêtre dit : «Soit glorifié époux comme Abraham, soit béni comme Isaac, multiplie toi comme Jacob. Poursuis ta route en paix et accomplis avec justice les préceptes de Dieu ».

Et en enlevant la couronne de l’épouse :

«Et toi, épouse , soit glorifiée comme Sarah, sois dans la joie comme Rébecca, multiplie-toi comme Rachel. Trouve ta joie dans celui qui est ton mari. Observe les prescriptions de la Loi puisqu’ainsi il a plu à Dieu.»

Le Mariage se termine par  trois prières du prêtre : la première demande à Dieu de conserver les couronnes des époux dans Son Royaume, de garder les mariés sans tache, ni souillure, ni intrigue et de bénir leurs entreprises.

Par la deuxième prière, on demande à la Sainte Trinité de bénir les époux et de les combler de tous les biens de la terre et la troisième demande à nouveau la bénédiction divine sur ceux qui déposent leurs couronnes .

Dans le renvoi final, il est fait mémoire des Saints Rois couronnés par Dieu et égaux aux Apôtres Constantin et Hélène, et du Grand Saint Martyr Procope, premier chrétien martyrisé en Palestine sous Dioclétien (303) pour avoir encouragé douze vierges à subir le martyre avec joie et y aller comme à un banquet nuptial. 

Archimandrite ANTOINE