|
Message de Noël du patriarche serbe Paul
La paix de Dieu – Christ est né !
Chers enfants spirituels, chaque année et cette année encore, nous accueillons Noël, l’anniversaire du Fils de Dieu, avec joie, foi, espérance et amour. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que c’est dans cet évènement que s’est accomplie « la plénitude des temps », « car Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16). Cet évènement correspond aussi à la plénitude des évènements cosmiques et historiques ; tout ce qui s’est passé au cours de la création divine et de l’histoire des hommes a reçu, en cette journée « qui est l’œuvre de Dieu », toute sa plénitude et son accomplissement. L’entrée de Dieu dans la matrice de la vie représente également l’accomplissement de toutes les aspirations humaines les plus profondes dont les manifestations ont été attestées dans l’ensemble des peuples de la terre avant la naissance du Christ. Sa nativité a fait resplendir à travers le monde la lumière de la connaissance divine. Cette lumière divine nous a révélé le sens véritable du monde et de la nature, ainsi que le but ultime de l’existence des hommes et de toutes les créatures, de tous les univers visibles et invisibles.
Dans le Seigneur Jésus Christ, Que nous confessons dans le Symbole de la Foi comme « Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, Lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père et par qui tout a été fait, Qui pour nous, les hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux et a pris chair du Saint Esprit et de la Vierge Marie et S’est fait homme… » - s’est accomplie une fois pour toutes la victoire sur l’imperfection, le péché et la mort. Avec l’annonce de la plénitude de Sa Divinité et de Son union avec la nature humaine, a été accomplie la plénitude de l’être humain et sa perfection. L’unité immuable, indivisible et indestructible et la communion dans le Dieu-Homme Jésus Christ de la nature divine et de la nature humaine, ont doté le monde et l’humanité d’une communauté divino-humaine indestructible, véritable et éternelle, l’Eglise de Dieu.
Depuis le jour de la nativité du Christ, le monde n’est plus et ne peut être ce qu’il a été. La nature humaine et le monde, emplis du levain de la Vie éternelle, ont acquis la possibilité d’aboutir à un homme nouveau, un ciel nouveau et une terre nouvelle, une nouvelle humanité éternelle. C’est pourquoi le Christ a pu dire : « Voici, je fais l’univers nouveau » (Ap 21,5). Lui-même, « seule nouveauté sous le soleil », renouvelle éternellement tout ce qui existe ; Sa Lumière éclaire tous et tout, « éclairant tout homme venant dans le monde » (Jn 1,9).
Le Christ est « la plénitude de la Loi et des Prophètes », comme Il le dit Lui-même : « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5,17). L’expression « accomplir » revêt une signification double : accomplir la Loi d’une part, apporter au monde la plénitude, la perfection, d’autre part. Ainsi nous, les hommes, « nous nous accomplissons », conformément aux commandements, nous imprégnant de Lui et nous élevant au point, selon les paroles pleines de sagesse divine de l’apôtre Paul, de « ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et constituer cet homme parfait dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Ep 4,13).
C’est dans une telle conception authentique et globale de la personne du Christ, qui fut à l’origine de tout ce qui existe et dont le pouvoir est sans fin, que se trouvent les fondements de la vie quotidienne des hommes et que réside la lumière qui éclaire leur manière de vivre et de se comporter. Aussi nous faut-il toujours revenir à la nativité de l’Enfant Divin et à Son activité divino-humaine, qui sert à éclairer nos actions et nos rapports les uns avec les autres ainsi qu’envers Dieu et la création divine. Ainsi Sa naissance en tant qu’homme confirme-t-elle le caractère sacré de chaque naissance et celui de l’existence humaine. Aussi est-il terrifiant d’envisager – et a fortiori de l’accepter et de lui donner un caractère légal – l’avortement, c’est-à-dire la profanation du caractère sacré de la naissance, comme quelque chose de normal ; or, c’est ce qui se produit, malheureusement, au sein de nombreux couples contemporains, qui tuent leurs enfants. Ces couples deviennent ainsi non seulement des infanticides mais aussi des déicides, car chaque être humain est par essence de nature divine et de nature christique.
Citons à ce propos le cas terriblement triste d’une mère qui, après avoir donné naissance à plusieurs filles, souhaitait vivement avec son mari donner le jour à un fils. Quand elle fut enceinte à nouveau, le médecin diagnostiqua à tort qu’elle allait enfanter une nouvelle petite fille ; elle décida alors, en dépit des supplications de tous, y compris de son époux, de procéder à un avortement. Il s’avéra, hélas, qu’elle avait été enceinte de deux garçons jumeaux ! Qu’est-ce qui pourrait réconforter et guérir la blessure profonde de cette malheureuse mère ? Que le Seigneur ait pitié d’elle, comme de toutes les mères infanticides qui, par égoïsme ou toute autre raison similaire, sacrifient le don le plus sacré qui leur a été offert par Dieu. En agissant ainsi, les parents ne transforment-ils pas le ventre maternel, cet atelier de la vie, en un atelier de la mort et du néant ?
L’égoïsme de l’homme et son égocentrisme, à l’instar de l’exemple cité ci-dessus, amènent l’espèce humaine à mettre en danger et porter atteinte à la nature elle-même, au sein de laquelle nous sommes nés et où nous vivons. De même que l’homme vit et respire dans l’amour, de même toutes les créatures et les forces de la nature ont-elles besoin de compassion, d’amour et de bonté ; l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, les fleurs et les arbres dans les champs, les poissons dans les mers, les bêtes sauvages dans les montagnes, les animaux familiers – tous aspirent à la miséricorde, à l’amour et à la bonté. S’il nous arrive d’abuser d’un de ces éléments ou d’en faire un mauvais usage, de l’empoisonner ou de le polluer, cet élément naturel se trouve aliéné, il se désintègre, il se désagrège, il prend sa revanche sur celui qui a abusé de lui. Ainsi se trouve bouleversé l’ordre des choses qui nous a été accordé par Dieu : l’eau perd son goût, la terre et, par conséquent, les produits de la terre sont contaminés, contaminant ainsi ceux qui les consomment : les hommes et les autres créatures. Le climat se modifie, la glace fond au pôle Nord, l’ordre naturel des saisons disparaît ; la température qui s’élève prépare – Dieu nous en garde ! – le globe terrestre à se consumer un jour dans le feu.
En outre, l’homme contemporain, en prenant, grâce à sa technologie, le contrôle de l’environnement extérieur, met en danger l’espace vital de nombreuses autres créatures. Au lieu de se consacrer aux domaines illimités de l’esprit et à leur conquête, donc à des secteurs d’activité qui ne menacent personne et qui confèrent de surcroît leur plénitude à toutes choses et ouvrent des horizons indicibles de développement et de perfectionnement – l’homme se tourne vers ce qui par nature est limité et éphémère, devenant ainsi lui-même limité et handicapé. La véritable plénitude de tout se trouve précisément dans la personne divino-humaine du Christ, ce qui permet « de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses » (Ep 3,9). Ce n’est que quand « le Christ habite en nos cœurs par la foi » que l’on peut, «enracinés et fondés dans l’amour, (…) comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur et connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Ep,17-19).
Par ailleurs, l’humanité est aujourd’hui très préoccupée par les débuts d’une crise économique brutale. On estime généralement que cette crise n’est pas seulement économique, mais bien plus profonde et complexe. N’est-il pas surprenant, à ce propos, que cette crise se manifeste principalement parmi les plus riches ? Ceux qui semblent s’en effrayer le plus sont précisément les plus puissants. Leur soif insatiable de l’argent et des plaisirs et la consommation exagérée des ressources naturelles et matérielles aboutissent à déséquilibrer les rapports humains ainsi que le comportement à l’égard du plus grand mystère de la vie et envers la création dans son ensemble. Cela signifie que derrière la crise économique se dissimule une crise spirituelle et morale, donc une crise de l’humanité elle-même. C’est à juste titre que l’on a pu dire que cette crise économique est liée à une crise politique, tout comme le non-respect du droit international et la volonté d’ignorer la Charte des Nations Unies sur les droits de l’homme – comme d’ailleurs le viol du droit en général – conduisent à une crise politique, menant elle-même à une crise économique et à un chaos financier. Par amour du pouvoir et au nom d’intérêts économiques, on viole le droit et la justice, celle de Dieu et celle des hommes. Les conséquences de la priorité donnée aux intérêts économiques et aux égoïsmes des puissants de ce monde par rapport à la justice et aux droits de l’homme, peuvent être observées dans le cas tragique de notre pays et du peuple serbe, comme dans celui d’autres pays et peuples du monde contemporain.
De nouveaux mythes d’inspiration hédoniste et utilitaire, qui ont été déposés sur le piédestal réservé aux divinités et propagés par tous les moyens modernes de diffusion, menacent aujourd’hui les plus innocents et les plus fragiles : les enfants et les adolescents. La drogue et la débauche, la volonté de réduire la vie aux satisfactions instinctives « de la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse » (1, Jn 2,16) sont le fruit de mythes très anciens revêtus de parures nouvelles et alléchantes.
Face à cela, les chrétiens que nous sommes, aujourd’hui comme jadis et comme toujours, « nous attendons le Christ, non des temps meilleurs » (saint évêque Nicolas) ; nous attendons Celui qui « est le même, hier, aujourd’hui et demain ». Nous revenons toujours à Lui, « petit enfant, Dieu pré-éternel », critère suprême de ce qui s’est passé et de ce qui se passe dans l’ensemble de l’histoire des hommes. En Lui, Fils de Dieu et Fils de l’homme, Dieu parfait et homme parfait, « nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1 Jn 4,16). Depuis que Dieu nous est apparu lors de Sa naissance, et qu’Il a vécu parmi nous, nous savons en vérité que « Dieu est amour » et que « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. En cela consiste la perfection de l’amour en nous… » (1 Jn 4,16-17). « Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de Lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1 Jn 4,21).
C’est au nom de ce Dieu Qui est amour et au nom de cet amour auquel nous sommes tous appelés, comme hommes et comme peuples, que nous vous adressons nos salutations, chers enfants spirituels – en particulier vous qui vivez sur les terres souffrantes du Kosovo et de la Métochie et partout dans le monde – avec ces paroles de vérité divine, de justice et d’amour éternel :
La paix de Dieu – Christ est né !
Au Patriarcat serbe, à Belgrade, Noël 2008.
Le patriarche serbe Paul et l’ensemble des évêques de l’Eglise orthodoxe serbe.
|
![]() |
| Message de Noel du Patriarche Serbe Paul |