Message du synode de l’Église serbe

Convocation de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe
Convocation de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe

Message de l’Assemblée des évêques de l’Eglise orthodoxe serbe sur le Kosovo et la Métochie (mai 2018)

Nous, évêques de l’Eglise orthodoxe serbe, du Patriarcat ancien et glorieux de Peć, réunis par la grâce du Saint-Esprit en session ordinaire de l’Assemblée (Synode) épiscopale, d’abord au siège historique des archevêques et patriarches serbes au monastère du Patriarcat de Peć, puis dans la capitale de Belgrade, en cette année préparatoire de la commémoration du 800ème anniversaire de l’acquisition de l’autocéphalie, c’est-à-dire de l’indépendance synodale de l’Eglise de saint Sava (1219-2019), dans l’inquiétude pour la survie et le bien-être du peuple serbe et de ses sanctuaires du Kosovo et Métochie, adressons, avec à notre tête Sa Sainteté le Patriarche, ce Message destiné aux enfants spirituels de notre sainte Eglise, comme à l’opinion publique nationale et internationale.
La question du Kosovo et de la Métochie constitue une question de première importance pour l’Eglise serbe, comme pour le peuple et l’Etat serbes. Notre Eglise, comme mère spirituelle de notre peuple dans son ensemble et la Serbie, comme Etat de la majeure partie du peuple serbe, dont le territoire du Kosovo et de la Métochie fait d’ailleurs partie, assument la responsabilité essentielle en vue du maintien de notre province historique dans les frontières de la Serbie et de l’avenir du peuple serbe qui y habite.
Le Kosovo et la Métochie, avec ses mille cinq cents monastères chrétiens orthodoxes serbes, églises, fondations pieuses et monuments culturels serbes, représentent la partie centrale et inaliénable de la Serbie, dont témoigne éloquemment la conscience spirituelle traditionnelle de notre Eglise, où le Testament du Kosovo symbolise l’expression du message-clé du Nouveau Testament, vécu concrètement dans l’expérience historique du peuple serbe, ainsi que la conscience du peuple serbe de son identité, de ses valeurs spirituelles et éthiques et de son itinéraire historique. Le Kosovo et la Métochie ne constituent pas pour nous, une question d’idéologie nationale ou de mythologie, ni a fortiori de simple territoire, mais représentent la quintessence même de notre existence en tant qu’Eglise et peuple, sans laquelle nous nous perdons dans le processus de la globalisation et de la sécularisation générales. La prospérité de la Serbie ne peut se construire sur la désintégration de ce qui représente la pierre angulaire de son identité, de son histoire et de son existence publique.
L’Eglise orthodoxe serbe renouvelle et confirme sa position séculaire sur le Kosovo et la Métochie, inchangée depuis l’époque de la sainte lignée des Nemanjić et de la bataille de Kosovo jusqu’à nos jours, et encore récemment dans le Memorandum de notre Eglise sur le Kosovo et la Métochie publié en 2003 et réitérée dans les années suivantes. Notre Eglise n’a jamais quitté le Kosovo et la Métochie et elle ne s’en écartera jamais. Quelles que soient les circonstances et les infortunes, elle restera avec ses anciens sanctuaires et avec son peuple de fidèles.
Quant au statut public et juridique de notre Etat au Kosovo et en Métochie, c’est-à-dire sa pleine souveraineté et son intégrité, l’Assemblée réaffirme la position claire, plusieurs fois exprimée par le chef de l’Eglise orthodoxe serbe, Sa Sainteté le patriarche Irénée : „Nous appelons nos autorités publiques à ne jamais donner leur accord sur l’aliénation du Kosovo et de la Métochie, car ce qui est pris de force peut être retrouvé, tandis que ce qui est offert à quelqu’un, est perdu à jamais, et cela, les Serbes et la Serbie ne sauraient l’admettre“. Nous espérons sincèrement, tout en priant le Seigneur, que le problème, né d’abord à la suite d’une révolte armée des séparatistes albanais, puis du fait de l’occupation de la province, sera résolu exclusivement par des moyens pacifiques, sur les principes de justice et du droit. La paix est la condition indispensable pour que les Serbes du Kosovo-Métochie puissent vivre librement, sans craindre pour leur existence même, et que la justice pour eux corresponde simultanément à une solution juste pour les Albanais locaux et toutes les commuanutés vivant en Kosovo-Métochie.
Le maintien du Kosovo-Métochie comme partie intégrante de la Serbie, conformément à tous les standards internationaux et en même temps conformément à la Constitution de la Serbie et à la Résolution 1244 des Nations Unies, ne correspond pas à une confrontation avec le monde, mais précisément à l’affirmation de la position selon laquelle, en l’absence des droits fondamentaux et de la liberté d’un peuple, de son identité, de son essence spirituelle et culturelle, il est impossible de trouver une solution stable à long terme. Jamais comme aujourd’hui, notre obligation n’a été aussi grande de témoigner de façon argumentée, en tout lieu et en toute circonstance, qu’au Kosovo et en Métochie, on ne construit pas une société d’hommes égaux en droits et en libertés, mais une société qui est contraire, dans tous ses aspects, aux valeurs fondamentales sur lesquelles reposent les sociétés démocratiques.
Les institutions albanaises du Kosovo, depuis la fin de la guerre de 1999 et en particulier après la proclamation de la soi-disant indépendance en 2008, ont montré clairement et sans le dissimuler, qu’elles souhaitent créer un Etat albanais ehniquement pur sur ce territoire, où il n’y aura pas de place pour les Serbes ni d’ailleurs pour les autres non-Albanais. La violation manifeste des droits de l’homme des Serbes lors des expulsions en masse à la fin de la guerre, l’arrêt du processus de retour des Serbes expulsés, les entraves à la restitution (aux Serbes) des biens fonciers usurpés et le non-respect des droits de l’Eglise orthodoxe serbe, ne permettent pas d’espérer que la position de l’Eglise et de son peuple puisse s’améliorer dans un „Kosovo indépendant“, quelles que soient les garanties données par quiconque et sous quelque forme que ce soit, car les autorités actuelles du Kosovo ne respectent même pas leurs propres lois. Les meilleurs exemples de la violation des droits de notre peuple et de l’Eglise, sont fournis par les obstacles mis à la formation d’une Communauté fonctionnelle des municipalités serbes, le non-respect d’une décision de la Cour suprême du Kosovo au sujet de terrains appartenant au monastère de Visoki Dečani, comme le reconnaissent d’ailleurs les représentants internationaux présents au Kosovo-Métochie, ou le blocage de la régularisation de la position juridique de l’Eglise orthodoxe serbe et du patrimoine culturel serbe. La décision récente du soi-disant gouvernement du Kosovo de construire une route à grande circulation à proximité du monastère de Visoki Dečani, constitue une violation directe des normes juridiques élémentaires. Bien que les autorités de l’Union européenne et de l’OSCE, en tant que principales missions occidentales au Kosovo-Métochie, aient clairement souligné qu’une telle route serait illégitime, le „gouvernement“ du Kosovo ne renonce pas à une route qui serait une menace à long terme pour le monastère de Dečani, qui est le monument le plus marquant de l’UNESCO en Métochie. Ce ne sont d’ailleurs que les prémices de la façon dont „l’Etat indépendant du Kosovo“ se comporterait à l’égard de notre Eglise et de ses fidèles.
L’Assemblée exige tout particulièrement l’invulnérabilité des droits confessionnels et de la liberté du peuple serbe et des autres peuples vivant au Kosovo-Métochie. Ces droits et libertés sont indissolublement liés à la position et au statut de nos lieux saints – monastères, églises, cimetières, monuments culturels…La Serbie fait tout – et continuera à le faire à l’avenir – pour la protection, la restauration et la préservation de ces sanctuaires et monuments du patrimoine sacré et culturel ; pour ce faire, elle dispose du soutien unanime des institutions internationales responsables, et d’abord de l’UNESCO. Sans relâche et infatigablement, les plus hauts représentants de notre Eglise se consacrent à la conservation de ces lieux saints, car il ne s’agit pas d’une question politique ordinaire, mais cela correspond à une réalité historique essentielle et à la valeur identitaire du peuple serbe. Nous ne pouvons garder passivement le silence devant le constat qu’une partie significative de cet héritage religieux, spirituel et culturel, a déjà été détruit, et cela sous les yeux du monde entier, et que l’héritage qui subsiste est menacé par un destin semblable. A ce propos, nous nous interrogeons et demandons comment ceux qui ont commencé leur insurrection en incendiant le konak (résidence monastique) du patriarcat de Peć en 1981, vont protéger à l’avenir les autres sanctuaires et monuments culturels serbes?
Nous rappelons à tous que l’ordre public international, instauré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, justifie en tous points la position de l’Eglise orthodoxe serbe, de la république de Serbie et du peuple serbe sur cette question douloureuse. Cela vaut pour l’opinion publique dans la plupart des pays dans le monde, dont un grand nombre, parmi lesquels les pays les plus grands, et même des Etats-membres de l’Union européenne, ne reconnait pas la sécession illégale et „l’indépendance“ unilatéralement proclamée. Cette „indépendance“ n’a pas été non plus reconnue par les institutions internationales les plus importantes (Nations Unies et Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, en particulier).
Sans l’accord de la Serbie et du Conseil de sécurité de l’ONU et sans le consensus de tous les pays européens (parmi lesquels cinq membres de l’Union européenne ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo), cette situation ne peut être modifiée de force en dépit de toutes les pressions politiques auxquelles sont confrontés non seulement la Serbie mais aussi d’autres Etats qui ne reconnaissent pas le Kosovo „indépendant“. Après plus de dix ans de persécutions et de discriminations à l’égard du peuple serbe, et de la destruction de cent cinquante sanctuaires – hélas, en présence des forces internationales – la reconnaissance de l’indépendance illégitimement proclamée de notre province méridionale, qu’on s’efforce opiniâtrement d’imposer à la Serbie, porterait atteinte à la survie à long terme de notre Eglise et de notre peuple, et contribuerait à proclamer que les sanctuaires serbes sont des monuments culturels kosovars ou albanais. Tout cela conduirait rapidement à la désintégration de l’identité chrétienne orthodoxe de l’ensemble du peuple serbe et constituerait un véritable „homicide de la mémoire“ (mémoricide) du peuple serbe.
Dans l’opinion, on continue à évoquer l’idée d’un partage du Kosovo et de la Métochie entre la Serbie et „l’Etat kosovar“ auto-proclamé. Consciemment ou non, on passe ainsi sous silence le fait qu’un tel partage ne serait rien d’autre que la reconnaissance d’un „Etat kosovar indépendant“, donc le don de la majeure partie du territoire de la province. Dans l’histoire du monde, on ne trouve pas d’exemple d’un peuple faisant en temps de paix, deux décennies après un conflit armé, un tel don de son territoire. Avec un partage, la population serbe d’une grande partie du Kosovo et de Métochie serait automatiquement laissée à la merci du régime du soi-disant Etat kosovar, exposé à un pogrom semblable à celui subi en mars 2004 ou, sous la pression d’une terreur rampante, forcé à l’exode.
Nous rappelons que la situation difficile du Kosovo et de la Métochie résulte de la non-application systématique et du travail de sape mené à l’encontre de la Résolution 1244 du Conseil de sécurité, qui garantit le retour des personnes expulsées et la liberté pour tous, quelle que soit leur origine. Les efforts obstinés de quelques pays d’édifier à tout prix au Kosovo-Métochie, une construction sur de la boue vivante, ont conduit le monde à une situation où le Kosovo-Métochie, soumis aujourd’hui au pouvoir des anciens chefs de l’UCK, représente plus que jamais le trou noir en Europe et un précédent susceptible d’être un facteur de désintégration pour de nombreux Etats en Europe et à travers le monde. Ce qui a été créé dans l’iniquité, n’apporte ni paix ni perspective aux Albanais kosovars eux-mêmes.
Le motif de ce message pastoral et de cet appel paternel ne correspond pas seulement à un effort pour protéger les intérêts spirituels, nationaux et publics vitaux du peuple serbe, mais aussi à un sentiment d’amour évangélique envers tous et chacun, y compris les Albanais du Kosovo-Métochie, et au souhait en prière que Dieu, seul Ami-des-hommes, qui veut que tous les hommes soient sauvés (1 Tm 2,4) nous éclaire nous tous et tous les hommes, avec la lumière de l’amour de Dieu et de celui de nos frères. Amen, exauce-le Seigneur !
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Ce texte a été publié à l’issue de l’Assemblée des évêques de l’Eglise orthodoxe serbe qui a eu lieu du 29 avril au 10 mai 2018.

Source: Orthodoxie.com