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Homélie du Père Denis pour le sixième dimanche de Pâques, 1er juin 2008
Frères et soeurs,
en ce sixième dimanche du temps pascal, l'évangile que nous avons èntendu concerne la guérison de l'Aveugle-né et la polémique sui s'en suivit entre les Juifs et le bénéficiaire de ce miracle.
Nous avons bientôt fini le temps des quarante jours qui vont de Pâques à l'Ascension. D'habitude, le thème de l'évangile dominical inspire encore l'hymnographie des jours de semaine qui suivent. Cette fois, nous n'avons que deux ou trois jours à disposition, car la fête de Pâques se clôture le mardi ou le mercredi suivants, avant la vigile de l'Ascension du Christ.
La guérison de l'Aveugle-né est, avec le Paralytique et la Samaritaine, une des trois catéchèses baptismales du temps pascal.
Comme leur nom l'indique, les catéchèses sont des «enseignements» sur le baptême. Les catéchumènes ont reçu déjà une bonne préparation avec les nombreuses lectures du Carême. Ceux qui ont été baptisés la nuit ou le jour de Pâques reçoivent, dans ces trois catéchèses, un complément de formation, qui profite également à ceux qui se préparent à être baptisés le jour de Pentecôte.
Dans les premiers temps de l'Eglise, le catéchuménat connaissait plusieurs stades de formation. Les catéchumènes «tout court» en étaient au commencement et ils devaient poursuivre leur instruction religieuse jusqu'à ce que soit décidée la date de leur baptême. Quand les catéchistes jugeaient qu'ils étaient suffisamment instruits pour être baptisés, ils recevaient le nom de «photisomènes» , au participe futur, c'est-àdire ceux qui allaient être illuminés prochainement). Ces photisomènes étaient renvoyés de la divine Liturgie juste après le renvoi des catéchumènes. Dans les éditions modernes du Hiératikon grec, le terme , dont le sens technique n'était plus compris des simples fidèles, a étré remplacé par , ceux qui se destinent à l'illumination (du baptême).
Dans l'antiquité, la guérison d'un aveugle était un phénomène assez rare. Nous avons l'exemple de Tobit, guéri de sa cécité par le remède tiré d'un poisson, que l'archange Raphaël avait confié à Tobie, le fils de l'aveugle, mais la cécité de Tobit était due à un accident, qui lui était arrivé pendant sa vieillesse.
A l'époque et jusqu'à la venue du Christ, la guérison d'un aveugle de naissance était jugée impossible. Même de nos jours, malgré les progrès de la science médicale, on parvient seulement, dans le cas d'une cécité congénitale, à améliorer, chez les nouveaux-nés, la qualité de la vision en intervenant chirurgicalement sur le cristallin.
Ainsi donc, la guérison de l'Aveugle de naissance par le Christ est un miracle inOUÏ, qui ne peut s'expliquer par aucune action humaine. D'ailleurs, Jésus lui-même se comporte différemment selon qu'il s'agit d'un aveugle de naissance ou d'un aveugle par accident ou maladie. Pour ces derniers, Jésus se contente de leur imposer les mains ou de leur appliquer de la salive au bord des yeux. L'effet est immédiat, et les aveugles sont guéris aussitôt, ou presque aussitôt. Nous avons par exemple le cas de l'aveugle de BethsaÏde (Marc, 8,24). Lui ayant imposé la salive et les mains, Jésus lui demande s'il voit clairement. L'aveugle répond naïvement: «Je vois les gens, comme des arbres qui marchent!»
Cela confirme la vraisemblance de son pouvoir guérisseur, qui reste lié à sa condition humaine et qui peut être sujet à quelque minime variation s'il ne reçoit pleinement l'assistance divine. Jésus ne se décourage pas, mais il se remet à l'ouvrage, lui imposant à nouveau les mains sur les yeux. Et l'aveugle voit tout clairement, même de loin.
Une simple guérison d'aveugle, même d'un aveugle par accident ou maladie, est déjà, pour un juif clairvoyant et impartial, un signe des temps messianiques, puisque les Prophètes ont prédit qu'avec la venue du Messie, les aveugles verront, les sourds entendront, les boiteux marcheront. Seuls les pharisiens à courte vue et intolérants vont le nier, parce qu'ils sont les adversaires de Jésus, ce prétendu christ, qui renverse, sur Dieu, les valeurs auxquelles ils sont attachés par légalisme.
Nous savons que Jésus n'aime pas l'exhibitionnisme. S'il avait eu, autour de lui, une foule badauds, de curieux amateurs de sensationnel, il se serait dépêché de guérir l'aveugle, par pitié pour lui, avant que la foule n'arrive. Mais ce sont des pharisiens, et cela va lui donner l'occasion de leur donner une bonne leçon.
Déjà, il de montre un peu agacé par les questions des apôtres sur l'origine de cette malformation des yeux: «Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'aveugle il soit né? Il se révolte à l'idée que le Dieu d'amour ait puni des parents pécheurs en leur donnant un fils aveugle ou que ce fils innocent soit né aveugle à cause d'un péché de ses parents. N'avez-vous donc pas fini de considérer mon Père comme un dieu méchant, vengeur et punisseur alors qu'il est bon et miséricordieux?
En guérissant l'aveugle-né un jour de sabbat, Jésus sait qu'il va s'attirer la colère des Juifs qui, malgré ses miracles doutent de son origine divine, puisqu'ils attribuent sa naissance au Prince du Mal et qu'ils lui reprochent de violer le sabbat, comme si le Verbe Dieu n'était pas maître du sabbat.
Jésus va donc employer une tout autre tactique: il enverra l'infirme à la piscine de Siloé, c'est-à-dire à la source «de l'envoyé». Ainsi tout le mérite de la guérison miraculeuse reviendra au Père divin, qui agit, comme toujours, par le Fils et Verbe de Dieu. En prenant de la boue et en l'humectant avec sa salive, Jésus répète le geste du Créateur, qui prit du limon de la terre pour former tout le corps humain. En lui demandant d'aller se laver les yeux à la fontaine de Siloé, pour guérir complètement, il sera bien clair que Jésus est envoyé par le Père. De fait, lorsque l'aveugle se lava, la boue s'était transmuée en organe vivant pour former ses yeux de chair. Car à la fontaine de Siloé, l'aveugle a trouvé non seulement la lumière naturelle, mais surtout l'illumination du baptême, c'est-à-dire la foi qui permet de croire en Christ. Et finalement, cet aveugle de naissance, c'est bien nous: par les eaux du baptême, le Christ a dessillé nos yeux, il a illuminé le regard de notre âme vers lui, nous permettant de reconnaître en lui le Dieu qui, avant lui, était soustrait à notre vue.
AMEN.
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