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Homélie du Père Denis pour le premier dimanche de Carême, 2 mars 2008
Frères et soeurs,
Comme chaque année, en cette fin d'hiver, nous devons interroger les calendriers pour connaître la date de notre Pâque.
Cette année, ce sera le 23 mars pour les chrétiens d'Occident. C'est toujours le dimanche après la première lune de printemps, le printemps commençant le 20 ou 21 mars du calendrier grégorien. Une seule Eglise orthodoxe fête Pâque ce jour-là, c'est l'Eglise autonome de Finlande, du fait qu'en ce pays les orthodoxes, qui ne sont que dix pour cent de la population, ont décidé, depuis 1923, de célébrer la Pâque à la date occidentale. Ils y ont gagné la reconnaissance, par le pouvoir civil, de leur confession comme deuxième religion d'Etat, avec tous les avantages que cela comporte du point de vue économique et social. Les autres Eglises orthodoxes fêteront leur Pâque le 27 avril, c'est-à-dire le dimanche après la première lune de printemps selon le calendrier julien, pourvu que ce dimanche tombe après la Pâque juive. C'est ce qui explique que la Pâque chrétienne puisse être célébrée par l'Orient et l'Occident soit le même jour, soit avec un décalage d'une semaine ou encore de quatre ou cinq semaines lorsque les différents calendriers sont à cheval sur deux lunes. Evidemment, le début du Carême est calculé, dans les différentes Eglises, en fonction de la date de Pâques. Pour nous, il commencera demain, avec le jeûne et l'abstinence. Le jeûne consiste à se priver du principal repas de la journée, l'abstinence consiste à s'abstenir de viande, puis de laitages. L'abstention de viande commence demain lundi; l'abstention des laitages, lait, oeufs et fromages commencera lundi prochain. Aujourd'hui, c'est le dimanche de Carnaval ou de l'Apokréo, c'est-à-dire le dimanche où l'on mange de la viande pour la dernière fois, disant «adieu» (en latin «vale») à la «chair» (<<caro, carnis»). C'est l'étymologie du mot Carême.
L'évangile de ce dimanche est celui du Jugement dernier ou de la «seconde et sévère Parousie du Christ» La première Parousie a eu lieu lorsque le Verbe s'est fait chair et qu'il a habité parmi nous, simplement et sans gloire, pour nous sauver par sa mort en croix. Tout cela, il l'a accompli par amour pour nous, dans sa miséricorde infinie, et cela lui a donné le droit et le pouvoir de juger les vivants et les morts à la fin des temps. Mais, nous ayant donné le moyen de nous sauver, il nous demandera, alors, des comptes sur la façon dont nous avons géré sa grâce pour notre salut. Et il le fera avec la sévérité d'un Juge équitable. Les paraboles évangéliques du Publicain et du Fils Prodigue, que nous avons méditées les dimanches précédents nous ont montré que Dieu est miséricordieux, qu'il pardonne au pécheur repenti, qu'il le renvoie justifié, qu'il admet à nouveau comme fils ce prodigue, ce débauché qui s'était révélé , c'est-à-dire «incapable d'être sauvé». A la fin des temps, il reviendra avec une gloire éclatante et nous interrogera sur la façon dont nous avons observé ses préceptes, en particulier ceux de la charité et de la compassion. Car il ne nous interrogera pas sur l'orthodoxie de notre foi, sur l'exactitude de nos observances rituelles, il ne cherchera pas à savoir si nous avons combattu les infidèles ou les hérétiques ni si nous nous sommes abstenus de manger à l'approche de notre communion eucharistique, mais il nous demandera si nous avons été miséricordieux envers nos frères, comme son Père est miséricordieux envers tous. Et la miséricorde, précise-t-il, c'est l'opposé de ce qu'il appelle le «sacrifice», c'est-à-dire le le ritualisme des Pharisiens. Il nous demandera donc si nous avons procuré le vêtement, la nourriture et la boisson à ceux qui en manquaient, si nous avons visité les malades et les prisonniers, si nous avons accueilli les étrangers, les réfugiés, les migrants, les sans-abri. Car il s'identifie aux moindres de ses frères, c'est-àdire à tous les hommes, quelles que soient leur race, leur condition sociale ou leur religion, lui qui a donné son corps et son sang pour le salut de tous, sans exception. Alors, il nous traitera selon nos oeuvres, en toute justice, sans acception de personnes. A beaucoup de ceux qui lui répétaient: «Seigneur, Seigneur», il dira: «Je ne vous connais pas!» Et ces maudits iront au feu éternel, avec le diable et ses anges. Ce n'est pas une punition ou une vengeance. Chacun était libre de choisir son camp, avec toutes les conséquences que cela comporte pour l'éternité, que ce soit la béatitude, dans l'intimité de Dieu et dans le partage de sa vie éternelle, ou bien la séparation d'avec lui par l'hostilité ou le refus. Le feu, c'est une image, car dans l'éternité il n'y a pas de corps matériels, mais seulement des corps spirituels. L'image du feu vient de ce vallon appelé le «Shéol», dans un faubourg de Jérusalem, où l'on brûlait les ordures de la cité. C'est donc bien la place de ceux qui se sont mis, par leur libre choix, au rang des ordures ou des rebuts de la céleste Cité. A tout cela il était bon de penser en ce début de carême, car voici venu le temps"favorable, les prémices du salut. Carême, cela signifie quarante jours, c'est comme un rappel des quarante ans passés par Israël dans le désert, dans son cheminement vers la Terre promise. Quarante jours, ou un peu moins si l'on excepte de ce compte les samedis ou dimanches, pendant lesquels nous ne sommes pas tenus au jeûne, c'est comme la dîme d'une année de trois cent soixante-cinq jours, que nous offrons au Seigneur. Le Christ nous recommande de montrer un visage joyeux et de nous parfumer, quand nous jeûnons, afin que, notre jeûne étant connu du Père qui, seul, voit dans le secret, nous ne puissions en tirer gloire. Le Carême, c'est donc un temps d'allégresse, surtout pour l'Orient orthodoxe, où l'on aime pousser à leur extrême logique les images et les symboles bibliques. Le Carême, en effet, c'est le retour au Paradis. Car, si Adam et Eve avaient jeûné, au lieu de manger le fruit défendu, ils n'auraient pas été chassés du Paradis. L'abstinence, c'est le fait de se priver de viande pour se nourrir de légumes et de fruits. Symboliquement, c'est le retour à l'état d'avant le déluge, car c'est seulement après de déluge que le Seigneur a permis à Noé et à ses descendants de se nourrir de la chair des animaux; l'humanité primitive était donc végétarienne. Pensons-yen ce carême, et abordons-le comme un temps bénéfique un temps favorable, comme l'occasion de retrouver l'allégresse du Paradis par la pureté de notre vie, la purification de nos âmes et de nos corps afin qu'en nous soit manifestée la grâce de notre Dieu.
Amen. Alleluia.
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