Homélie du Père Denis, recteur de la paroisse grecque de Nîmes,

pour le dimanche 3 février 2008

Frères et soeurs,

Une fois encore, nous devons rendre grâces au Père Antoine de Lectoure, qui nous a permis de renouveler aujourd'hui notre rencontre mensuelle, dans une même communion orthodoxe, entre l'Occitanie orientale et cette frange occidentale de la Provence méditerranéenne.
La Rencontre, c'est justement ce que nous fêtons en ce jour, la sainte Rencontre de Dieu avec les hommes, la Rencontre du Christ nouveau-né avec le petit reste d'Israël.
Oui, petit reste, car ils étaient bien peu nombreux, les fidèles de l'Alliance qui attendaient avec confiance et sainteté l'accomplissement de laPromesse faite à Abraham et à sa decendance, physique ou spirituelle, par le Dieu fidèle à sa Parole.
Il y avait Syméon, un vieillard plus que centenaire, qui était rempli de l'Esprit saint, plein de clairvoyance et de savoir divin; et Anne la prophétesse, âgée de quatre-vingt-quatre ans, qui, depuis son veuvage, vivait dans le Temple, jeûnant et priant.

Ce petit reste d'Israël aurait pu être plus nombreux si la mort n'en avait décimé le nombre, du fait du grand âge ou de la violence subie. Nous pensons à Zacharie, le père du Précurseur, qu'une tradition orale assimile avec ce grand-prêtre Zacharie, fils de Barachie, assassiné entre l'autel et le parvis du Temple. Lors d'un service sacerdotal dans le sanctuaire, il avait reçu la visite d'un messager, qui lui avait révélé, outre la naissance d'un fils qu'il appellerait Jean, certaines données du salut à venir, puisqu'un Sauveur allait naître d'une cousine de sa femme Elisabeth. Jean naquit ainsi par miracle, de parents âgés et jusqu'alors stériles. Elisabeth eut, elle aussi, une révélation lui annonçant que son fils serait rempli de l'Esprit saint dès sa naissance et qu'il serait un second Elie, héritier d'une double part de son esprit, afin de devenir le précurseur du Christ. Alors, elle accepta de lui donner le nom de Jean, ce qui signifie «Dieu accorde sa Grâce », une grâce qui devait remplacer la Loi de Moïse. Etant enceinte, elle se retira dans la montagne de Judée, où elle reçut la visite de la Vierge Marie, sa jeune cousine, qu'elle accueillit avec grand respect, comme «la Mère de son Seigneur». Avertie de la maternité divine de sa cousine, elle prononça ces paroles sublimes: «Béni soit le fruit de ton sein!» et «Bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur!» Revenue à Jérusalem, elle dut fuir dans le désert, après la mort de son mari, afin de préserver de tout danger un fils promis à une telle mission pour le salut de tous. Puis, sentant sa fin prochaine, elle lui enseigna à vivre en autarcie dans le désert, se nourrissant de locustes et de miel sauvage.
Il nous reste à évoquer Joachim et Anne, les parents de la Vierge Marie. Ces personnages nous sont connus par le Protévangile de Jacques, un texte qui a précédé de plusieurs années la rédaction des évangiles synoptiques. Ce Jacques, appelé «le frère du Seigneur, était un fils de Joseph, donc un demi-frère de Jésus, mais le grec n'a qu'un mot, pour désigner les frères et les demi-frères .. Mieux que Matthieu, Marc et Luc, il connaît l'histoire de sa famille, qu'il tient des lèvres mêmes de la Vierge Marie, la fiancée de son père. Joachim était un homme riche qui allait souvent au Temple pour y faire des offrandes. Mais il n'avait pas d'enfant, et un jour, un juif observant, un pharisien, lui interdit de présenter son offrande, du fait qu'il n'avait pas donné de postérité à Israël. Ayant connu sa femme une dernière fois, il se retira au désert, où il passa quarante jours dans le jeûne et la prière, méditant sur la postérité que Dieu avait donnée à Abraham après une longue stérilité. Restée seule à Jérusalem, Anne, l'épouse de Joachim, affligée par le reproche qui pesait sur elle à cause de sa stérilité, méditait dans son jardin sur Abraham et Sara et la naissance miraculeuse d'Isaac. Elle priait Dieu de lui accorder la même bénédiction. Alors un messager vint lui dire: «Anne, le Seigneur a exaucé ta prière. Tu vas concevoir et enfanter, et l'on parlera de ta postérité dans le monde entier.» Anne répondit: «Que ce soit un garçon ou une fille, je l'offrirai au Seigneur.»
Alors qu'il descendait vers Jérusalem, Joachim eut, lui aussi, la révélation que le Seigneur avait exaucé sa prière. Anne et Joachim se rencontrèrent devant la porte de la cité et s'embrassèrent joyeusement. L'enfant fut appelée Marie, et, lorsqu'elle eut trois ans, ses parents l'emmenèrent au Temple du Seigneur, sous la conduite de jeunes vierges portant des lampes allumées, afin qu'en ce joyeux cortège elle ne risque pas de revenir vers ses parents. Marie ne se retourna même pas, mais, arrivée au bas de l'escalier, elle en gravit les marches en courant et demeura neuf ans dans le Temple du Seigneur, ne prenant aucune des nourritures qu'on lui apportait, mais restant cependant florissante de santé. On se disait qu'elle devait recevoir d'en haut quelque aliment céleste, une sorte de manne tombée du ciel.
De tout cela furent sans doute témoins Syméon et Anne. Le saint vieillard aura veillé à son éducation, en compagnie des autres grands-prêtres qui enseignaient la Loi aux jeunes garçons. Dans cette «yéshiva» avant la lettre, il n'y avait pas d'élève plus appliquée que Marie, et Syméon était heureux de la voir s'appliquer par elle-même à l'étude des saintes Ecritures. Quand il interrogeait, c'était toujours Marie qui donnait les meilleures réponses, des réponses qui étaient le fruit de sa méditation personnelle et qui transfiguraient le Dieu vengeur en un Dieu d'amour. Syméon en parla avec admiration à la prophétesse Anne, qui ne manqua pas d'échanger des rélexions avec Marie, car elle avait, elle aussi une intuition toute féminine qui lui permettait une autre intelligence des Ecritures bien différente de celle que leur machisme inspirait aux interprètes de la Loi. C'est là l'origine de la nouveauté chrétienne. Quand elle eut douze ans, Marie dut quitter le Temple, qu'elle ne devait pas risquer de souiller par son sang. Mais, puisqu'elle resterait vierge, on décida de la confier à un protecteur. On réunit un certain nombre de veufs jouissant d'une bonne réputation. Ils se présentèrent avec leur bâton, et ces bâtons furent posés sur l'autel, puis remis à leurs possesseurs. Le bâton de Joseph fut l'objet d'un miracle, soit qu'il ait fleuri comme le sceptre d'Aaron, soit qu'une blanche colombe se soit posée sur lui en volant. Joseph avait eu sept enfants d'un premier mariage: quatre fils et trois filles. Les fils étaient Jacques, Siméon-Cléopas, Simon et Jude, Les filles, étaient Myriam, Marie et Salomé. Je cite ces noms de mémoire: veuillez m'excuser s'ils diffèrent légèremént des sources écrites, auxquelles il arrive aussi de diverger parfois.
Jacques, dit le Majeur, devint, après la résurrection du Christ, le premier évêque de Jérusalem et rédigea le fameux Protévangile; il avait été élu comme chef de l'Eglise par les premiers chétiens à cause de sa proche pare~té avec le Christ; Siméon-Cléopas, frère cadet de Jacques, devint évêque de Jérusalem après sa mort; Simon et Jude avaient suivi le Christ parmi les Douze Disciples; Salomé, mariée à Zébédée,enfanta Jacques le Mineur et Jean l'Evangéliste, tous deux disciples du Christ, les plus proches du Maître avec Simon-Pierre; puisqu'elle était la demie-soeur de Jésus, ses fils, Jacques et Jean, étaient pour ainsi dire les neveux du Christ, et cela explique leur prééminence parmi les Douze et la préférence du Seigneur pour le Disciple «bienaimé». Lorsque la «mère des fils de Zébédée» demande au Christ de leur donner les premières places dans son royaume, elle pense à une monarchie terrestre, et ce n'est pas une prétention extravagante de sa part, puisque Jésus n'a pas de fils et que le népotisme est en vigueur parmi les dynastes sans héritier. Seulement, elle n'avait pas compris que le Christ, étant Dieu, parlait d'un royaume céleste et que, dans ces conditions, «sa mère et ses frères», c'étaient ceux qui écoutaient sa parole. La Vierge Mère ne pouvait s'offusquer de cela,elle qui avait été la première à croire. Quant à Myriam, la soeur cadette de Salomé, elle épousa un certain Jacob, et «l'autre Marie», la dernière fille de Joseph, épousa un autre Cléopas, qui fut peut-être, avec saint Luc, le second disciple d'Emmaüs. Salomé et Marie Jacobé ont accompagné le Christ jusque sous la croix, puis furent persécutées par les Juifs. Avec Marthe, Marie-Madeleine, Lazare, Maximin et Sara, elles furent mises dans une barque sans voile ni rames mais abordèrent en Provence : ce sont nos saintes Maries de la Mer.
Mais revenons en arrière : Marie reçoit à Nazareth la visite de l'archange Gabriel, qui lui annonce la naissance du Sauveur. Neuf mois plus tard, elle enfante à Bethléem son fils premier-né, son fils unique, car elle n'aura pas d'autre enfant après lui, quoi qu'en disent les romanciers et les metteurs en scène d'Holywood, qui misent sur la crédulité des simples pour gagner de l'argent ou pour faire sensation en niant, à la suite des protestants et des athées la virginité de Marie, dont nous avons pourtant la certitude, grâce au témoignage d'une autre Salomé, la sagefemme de Jérusalem requise par Joseph pour l'accouchement: aidée d'une assistante, elles sonda l'hymen de la Vierge et constata qu'il n'avait été brisé ni pour la conception ni pour la délivrance. La chose était si extraordinaire qu'elles en parlèrent autour d'elles et l'écho de ce miracle dut parvenir aux oreilles des justes qui habitaient le Temple et attendaient la venue du Sauveur promis.
Huit jours après la Nativité du Christ, Joseph et Marie conduisent l'enfant à Jérusalem pour sa circoncision. C'est le signe de l'alliance d'Israël avec le Dieu d'Abraham. Jésus aurait pu s'en passer, mais il ne s'est pas prévalu de son rang divin, comme il ne s'en est pas prévalu au moment de sa Présentation, lorsque ses parents le menèrent à nouveau au Temple, quarante jours après sa naissance, pour faire offrande d'un couple de tourterelles en rachat pour ce «premier-né», puisque le Seigneur avait épargné les premiers-nés d'Israël jadis en Egypte.
Nous retrouvons, dans le Temple Syméon et Anne la prophétesse, tous deux poussés par l'Esprit saint. Le Seigneur Dieu est tout-puissant, et l'on ne s'étonne plus de ses merveilles, mais, puisqu'il a fait toutes ses oeuvres «avec sagesse», comme chante le psaume 103, il n'est pas obligé d'intervenir chaque fois; il se contente donc d'utiliser des circonstances favorables. Ainsi, les savants archéologues ont découvert que le passage de la Mer Rouge à pieds secs par les Hébreux et la noyade des Egyptiens sous le reflux des eaux correspondent exactement à l'éruption du volcan de Santorin, qui aspira les eaux de la Méditerranée orientale et des régions voisines, puis au raz de marée qui a suivi. De même, l'événement que nous célébrons en ce jour peut s'expliquer par l'action surnaturelle du saint Esprit comme par la connaissance naturelle et par la communication orale. Et nous ne sommes qu'au début de cette expérience messianique. Seul, le petit reste en avait été informé à l'approche et à la suite de la Nativité du Seigneur. Plus tard, pendant les cinquante jours entre la Résurrection et la Pentecôte, Marie était présente au Cénacle. Il y avait là non seulement les Onze Disciples, mais aussi le gros de la troupe, les soixantedouze Apôtres. Marie, qui avait gardé dans son coeur tous les souvenirs de l'enfance et de la jeunesse du Christ, profita de leur présence pour en parler. J acques fut confirmé dans ses souvenirs personnels et apprit de nombreux détails sur les parents de la Vierge et ceux de Jean le Baptiste. Parmi les premiers Disciples, c'est Matthieu qui fut le plus attentif. Il y avait là aussi Luc, un jeune médecin, qui mémorisa tous les détails de l'enfance de Jésus, puis écouta, de la bouche des Disciples, les détails de ses souffrances, qui n'échappèrent pas à son expérience médicale, en particulier la sueur de sang de l'agonie. Quant à Matthieu, il profita, pour la rédaction de son évangile, des révélations de Marie puis des souvenirs consignés par Jacques dans son Protévangile.

Frères et soeurs, ne nous laissons donc pas influencer par les élucubrations des romanciers américains et des cinéastes hollywoodiens. Leurs écrits et leurs films ne sont qu'un tissu d'aberrations, de sophismes et d'incohérences. Il ne faut pas les lire ou les regarder sans esprit critique. Restez donc fermes dans la foi en une vérité qui s'appuie sur le solide fondement de la Révélation et de la Tradition.

Amen.

 

 

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