Homélie de l'archimandrite Denis, recteur de la paroisse grecque de Nîmes,

pour le dimanche 30 décembre 2007

Frères et soeurs,

En nous proposant la date du 30 décembre pour notre Liturgie de fin d'année, le Père Antoine, supérieur de la ,Fraternité Saint-Benoît de Lectoure, m'avait écrit:
«Ce sera l'après-fête de Noël pour les uns et l'avant-fête pour les autres.»
Vous, mes frères, j'espère que vous avez compris: les uns célèbrent la Nativité du Christ le 25 décembre; ce sont les orthodoxes grecs, roumains et finlandais, qui suivent le nouveau calendrier, celui des Eglises d'Occident, appelé «grégorien», du nom du pape de Rome Grégoire XIII, qui, en 1585" réforma les calendriers civil et ecclésiastique en conformité avec les données de l'astronomie universelle, tandis que les orthodoxes de Russie et des pays slaves, de Jérusalem et du Mont-Athos ont conservé le calendrier julien, établi par Jules César, il y a 2000 ans. Or l'empereur romain avait oublié d'ajouter une année bissextile par siècle, ce qui a causé un retard de treize jours, si bien que la célébration du 25 décembre a lieu maintenant et depuis cinq siècles, pour certains orthodoxes, le 7 janvier du calendrier grégorien.

Je me réjouis de ce que le Père Antoine ait eu cette bonne pensée, car le calendrier ne doit pas êtrè un sujet de discorde entre les chrétiens, mais on peut faire en sorte qu'il nous unisse et nous donne parfois l'occasion de célébrer doublement une même fête. Le Père Laurent Faggionato vient de nous lire deux évangiles.
L'évangile du dimanche avant Noël est celui de la Généalogie du Christ. L'évangile du dimanche après Noël est celui de la Fuite en Egypte. Entre les deux, il ne nous est pas défendu de citer pour mémoire l'Annonce à Joseph et le récit détaillé de la Nativité, avec la visite des Bergers et des Mages.

La Généalogie du Christ Jésus, telle qu'elle est présentée par l'évangéliste Matthieu, pourrait faire sourire ou frémir des généalogistes chevronnés, comme l'est par exemple Mr. Christian Terraux, présent parmi nous en ce jour. Les généalogistes doivent comprendre que nous n'avons pas là le travail d'un historien, mais celui d'un théologien. Car cette généalogie avait tout simplement pour but d'établir que Jésus était Fils de David, c'est-à-dire le Messie attendu par Israël. Pour cela, les générations énumérées entre David et Abraham, puis entre David et la déportation à Babylone, et, pour finir, entre la déportation à Babylone et le Christ, doivent nécessairement correspondre au nombre symbolique de quatorze.
Il faut savoir, en effet, que la numération hébraïque n'est pas faite de chiffres, qu'ils soient romains ou arabes, mais de lettres, comme en grec ou en slavon. Quatorze est la somme de 4 + 6 + 4, c'est-à-dire de la quatrième lettre, de la sixième lettre et, de nouveau, de la quatrième lettre de l'alphabet hébraïque, à savoir: Dalet, Vaw et, de nouveau, Dalet, qui sont les trois consonnes du nom de David.
Curieusement, cette généalogie termine avec J 0seph, qui, de Jésus, n'est pas le père selon la chair, mais selon la loi. Et c'est bien ainsi, puisque David lui-même, dans le psaume 109, voit en Christ plus qu'un descendant: il voit en lui son propre Seigneur, comme Jésus l'expliquera dans l'Evangile.

La vraie descendance royale de Jésus, selon la chair, passe par Marie, une authentique descendante de David; c'est donc elle qui offre au Verbe son corps virginal pour laisser l'Esprit saint opérer dans la nature humaine la conception du Christ, homme et Dieu.

A cela, Marie avait été préparée par l'archange Gabriel lors de l'Annonciation. Elle ne fut donc pas étonnée de sa grossesse, puisque le céleste messager lui avait révélé le plan du Créateur et qu'elle l'avait accepté.

Il n'en va pas de même pour Joseph, qui n'y était pas préparé. L'évangéliste essaie d'expliquer l'étonnnement de ce juste. A mon avis, il le fait en lui prêtant des sentiments trop humains. L'idée de répudier Marie lui est-elle vraiment passée par la tête ? Peut-être, tout au plus, a-t-il voulu l'éloigner pour qu'on ne l'accuse pas, lui, d'avoir été infidèle à sa mission de gardien. S'il avait confiance en la chasteté de la Vierge, il a pu deviner que quelque chose de merveilleux, d'extraordinaire, avait dû se produire en elle. Mais alors, il réalisait avec anxiété qu'il allait devenir, lui, pour l'opinion commune, le père légal du Dieu à naître.
Non! c'était une mission trop haute pour lui, un homme simple et sans ambition. Dans ces conditions, il préférait s'en aller, se retirer!

C'est alors que Dieu lui vient en aide:pendant son sommeil, un Ange du Seigneur lui apparaît en songe. Après l'Annonce à Marie, voici l'annonce à Joseph. Chaque chose en son temps !
Jadis le patriarche Joseph, le fils de Jacob-Israël, avait expliqué les songes de Pharaon. Maintenant, c'est un Ange qµi vient tout expliquer à cet autre Joseph, fils d'un autre Jacob selon la Généalogie! Désormais, on n'a plus à craindre la famine, comme en Egypte au temps du Pharaon, puisque le Froment du ciel se prépare dans le sein de la Vierge, qui grossit comme une meule de blé, pour nourrir l'entière humanité pendant des siècles !

Puis l'Evangile nous conte le paradoxe de cette Naissance sur terre du Fils de Dieu, «né du Père avant tous les siècles», le paradoxe de cette Parole divine qui devient chair. La terre abrite en une grotte, dans un trou de rocher, le «Dieu trop haut pour notre entendement». N'ayant pas trouvé de logement, il naît dans une étable, dans la mangeoire des animaux sans raison. «Pour un Dieu, quel abaissement!», disait jadis un cantique. Mais courage! les Anges annoncent la merveille aux Bergers, et l'étoile guide les Mages vers Bethléem.

Instruit par les Mages, le roi Hérode craint pour son pouvoir. Ce petit enfant fait trembler le puissant monarque de Judée, , qui se lève de son trône pour massacrer les innocents de Bethléem, alors que les rois mages, ces savants astronomes de la Perse, s'étaient levés de leurs sièges royaux pour adorer le Christ Emmanuel comme roi en lui offrant de l'or et le reconnaître également, par l'encens et la myrrhe, comme Dieu et pourtant homme soumis à la mort.

Une fois de plus, l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph, pour qu'il emmène l'enfant et sa mère à l'abri, en Egypte. Un autre que Joseph aurait pu se demander: Comment vais-je faire pour conduire ma famille à l'étranger et y gagner de quoi vivre ?
On a trop tendance à minimiser les qualités et compétences d'un Joseph «ouvrier». Oui, c'est un menuisier, mais ce n'est pas un manoeuvre. C'est un homme de talent, qui a du métier. Il construit des maisons et même des barques, des bateaux. En Egypte, il ne sera pas demandeur d'emploi, c'est lui qui embauchera des ouvriers pour son entreprise.
La langue n'est pas un obstacle : en Palestine, on est habitué depuis des siècles à parler avec les envahisseurs, qu'ils soient égyptiens, assyro-babyloniens, grecs ou romains; et partout, dans le monde, on trouve des compatriotes qui parlent encore l'hébreu !
Et puis, pense peut-être Joseph, ce sera une bonne expérience pour ce petit Jésus qui, une fois grand, devra envoyer ses disciples prêcher à toutes les nations, dans toutes les langues du monde, la venue sur terre du royaume de Dieu. Peut-être se dit-il aussi: Quand nous reviendrons d'Egypte à Nazareth, on pourra donner raison au prophète qui annonçait: «De l'Egypte j'ai rappelé mon Fils, et on l'appellera Nazaréen!»

Frères et soeurs, que vous ayez déjà fêté la Noël ou que vous ayez encore à célébrer cette fête prochainement, je vous en souhaite la joie pleine et entière: «Le Christ vient au monde, glorifiez-le, le Christ descend des cieux, allez à sa rencontre !»

 

 

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