|
«En toi se réjouit toute la création … »
RUSSIE (La chambre d'Armurerie du Kremlin de Moscou) Tempera à l'œuf sur bois, 174,5 x 156,5 cm Recklinghausen, Ikonen-Museum - vers 1700.
À côté d'icônes représentant le Christ, la Vierge Marie, des Anges, des saints et des fêtes religieuses, on note la présence d'œuvres consacrées à des thèmes plus complexes, par exemple la transmission picturale d'hymnes ecclésiastiques. C'est le cas de cette icône de grandes dimensions, basée sur un hymne à la gloire de la Mère de Dieu, dont le texte, en langue slave ecclésiastique, est reproduit sur un cartouche dans le bord inférieur:
« En toi se réjouit toute la création, ô Pleine de grâce, l'assemblée angélique et la race humaine ! Temple sanctifié, Paradis spirituel, Louange virginale ! De toi Dieu s'est incarné et devint petit enfant. Lui, notre Dieu avant les siècles ! Il fit de tes entrailles son trône et rendit ton sein plus vaste que les cieux. En toi se réjouit toute la création : Gloire à toi ! »
Le centre de l'icône est formé par une grande auréole lumineuse entourant la « platytera", représentation de la Mère de Dieu assise sur un trône, le Christ Emmanuel, vu de face, sur ses genoux. Ce nom se réfère au vers « plus vaste que les cieux » (en grec: He platytera ton ouranon) de l'hymne. L' « assemblée angélique" en demi-cercle entoure l'image circulaire centrale.
Derrière eux se dresse une église couronnée de cinq coupoles, dont les frontons cintrés en forme de niches en rocaille au-dessus de l'architrave évoquent fortement la cathédrale de l'Archange Saint Michel au Kremlin de Moscou, construite de 1505 à 1508 par l'architecte vénitien Alovisio Novo. La cathédrale est flanquée de deux bâtiments roses au-dessus desquels on aperçoit des collines couvertes d'arbres en fleur. L'inscription en majuscules, de chaque côté des coupoles, donne la signification de ce décor architectural et naturel qui reflète aussi un aspect de l'hymne représenté: « Temple sanctifié, Paradis spirituel."
La louange par « la race humaine» tient une grande place sur l'icône. Différents groupes de saints en trois rangées horizontales se tournent vers la Mère de Dieu en majesté: rois et princes, saints pères, religieuses, moines et martyrs. À leur tête on distingue les célèbres auteurs d'hymnes saint Jean Damascène (vers 675-749), considéré comme l'auteur de la 9e ode du canon, et Cosme de Majuma. (706-760).
Dans la partie inférieure de l'icône, les apôtres Pierre et Paul se dressent de chaque côté du cartouche dans lequel est inscrit le texte de l'hymne. Ils sont suivis à gauche des hiérarques et d'autres apôtres, à droite des rois David et Salomon ainsi que de saints guerriers vêtus de splendides armures. L'axe médian est souligné par le personnage de Jean-Baptiste en vue frontale, représenté en « ange du désert" doté d'ailes, au-dessus de la Vierge en trône.
L'icône est un exemple impressionnant du courant stylistique influencé par l'art baroque occidental dans la peinture d'icônes russe à la fin du XVIIe siècle. L'œuvre monumentale a sans doute vu le jour dans les ateliers du Tsar de la chambre d'Armurerie du Kremlin de Moscou. La palette délicate dans laquelle dominent les tons de rouge, rose, orange, ver et or nous incite à le penser, mais aussi la représentation de la cathédrale de l'Archange Saint Michel qui est la nécropole des grands princes moscovites et des tsars de Russie. Un autre indice pourrait plaider en faveur de la réalisation de l'icône dans ce milieu de la cour : les saints de sang princier parmi la « race humaine" louant la Mère de Dieu, sont plus nombreux qu'ailleurs.
Cet hymne est chanté à toutes les Liturgies de saint Basile le Grand, spécialement en cette période de Grand Carême.
|
![]() |
| En Toi se réjouit toute la création |