Père Archimandrite Denis Guillaume

Archimandrite DENIS

(Raymond GUILLAUME) Hymnographe

Né à Nice, le 23 juillet 1933

de Maurice GUILLAUME et d’Adrienne de MONDENARD de MONIE

08.12.1957

Moine au Monastère St Benoît à Chevetogne (Belgique)

10.02.1959 Première Profession (triennale)

10.08.1962

Profession Solennelle (perpétuelle) Universités romaines.

15.04.1963

Ordination diaconale, à Rome, par le Métropolite Joseph Slipyj de Lvov, en l’église St Athanase des Grecs. Archidiacre par S.B. le Patriarche Maximos V d’Antioche.

05.09.1972

Collegio Greco de Rome

07.10.1975

Col1egio Russicum de Rome

25.11.1993

Monastère bénédictin de Parme. Traduit et compose tous les 0ffices byzantins utilisés en Français (plus dè 100 volumes) et pratique 18 langues anciennes ou modernes Archidiacre à l’autel du Pape Jean-Paul 1er et du Pape Jean-Paul II

10.12.1994

Chrismation par le Primat Jean et Entrée dans l’Eglise Orthodoxe de Finlande, sous la juridiction du Patriarcat de Constantinople.

05.05.1996

Ordination presbytérale par S.E. Mgr Stéphanos de Naziance, en l’église de la Dormation de la Mère de Dieu, à Salin-de-Giraud, près de la Camargue, et rattachement à la Métropole grecque de France, Patriarcat de Constantinple. Desservant des Paroisses de San Rémo et Florence, en Italîè, et d’Avignon et Marseille en France.

11.08.1996

Recteur de la Paroisse St Antoine de Nîmes.

26.09.2004

Le Métropolite Emmanuel, de Paris, le nomme Archimandrite, à Nîmes, en la fête de la Pêche miraculeuse.

13.01.2005

Il fonde, et devient Recteur, de la nouvelle église de Nîmes, sods le patronage de la Pêche miraculeuse et de Saint Antoine.

24.04.2008

En ce Jeudi-Saint il se retire au Monastère St Gény de Lectoure, en Gascogne, Patriarcat de Serbie.

01.06.2008 Il reçoit le Sacrement des Malades, en la Basiliquè, par le Presbyterum de-la Fraternité Saint Benoît.

15.06.2008

Jour de la Pentecôte il reçoit dévotement la Sainte Eucharistie lors de la Divine Liturgie.

18.06.2008

Mercredi de l’Esprit-Saint, à 1 heure du matin Il annonce qu’Il va partir, remercie les Frères, demande pardon et la bénédiction et ses dernières paroles : « Si c’est la Volonté du Christ Consolateur qu’Il vienne me chercher » A 7h45, à la fin de l’Office des Agonisants, il s’éteint pieusement et doucement au-milieu de ses Frères. Il reposera trois jours dans la basilique.

21.06.2008

Funérailles monastiques solennelles en la Basilique précédant les Vêpres de la Fête de Tous les Saint. Il attend Résurrection dans le Tombeau du Monastère à l’Antique cimetière du Saint-Esprit, à Lectoure.

MEMOIRE ETERNELLE !

A l’âme de ton serviteur l’archimandrite Denis,

accorde Seigneur le repos !

Oraison funèbre de l’archimandrite Antoine

Mes Bien Chers Frères,

« Pour moi, la vie c’est le Christ et la mort m’est un gain »

Par ces paroles, l’apôtre Paul a fait son propre panégyrique mais aussi l’élogede notre Archimandrite Denis, Abbé émérite du Monastère St Gény, où ce moine vécut au IVème siècle, prêtre selon le coeur de Dieu.

En toute vérité, Jésus-Christ dont il fut le prêtre a été pendant le cours de son laborieux et fécond ministère, la respiration de sa bouche, le battement de son coeur, le grand ressort de son âme, l’hymnographe qui servit la sainte Eglise orthodoxe et qui permit aux Francophones de prier et de chanter sur de beaux textes et d’harmonieuses mélodies les Louanges de Dieu.

Né le 23 juillet 1933, à Nice, d’un père catholique Maurice GUILLAUME et d’une mère protestante Adrienne de MONDENARD il fut le cinquième et dernier enfant.

Toujours premier de sa classe, avec les prix d’Honneur et d’Excellence, et obtenait à 15 ans le baccalauréat. Après le concours d’entrée à Santé militaire, à Lyon, il se rendit en pélerinage à Ars et se sentit appelé à la vie monastique, mais avant de suivre sa vocation il obtint, en quatre ans, la licence ès Lettres, tout en apprenant les Langues: l’anglais, l’italien, le néerlandais, le suédois, le russe, le grec moderne et le slavon.

C’est en 1954 qu’il fit un premier séjour au Monastère bénédictin oriental de Chevetogne (Belgique), avant de commencer son service militaire au Liban, comme professeur de français, latin, grec et allemand à l’Université St Joseph de Beyrouth. Dès 1957 il entre au monastère et prend l’habit sous le nom de Frère DENIS. Après ses Premiers Voeux en 1961 il est envoyé à Rome pour étudier la théologie et apprend l’hébreu, le grec biblique, l’arménien classique et l’arabe. En 1962 il fait sa Profession solennelle et définitive.

Ordonné Diacre le 15 avril 1963, selon le rite byzantin, en l’église St Athanase des Grecs à Rome par le métropolite de Lvov S.E. Mgr Joseph SLIPYJ puis nommé Archidiacre par le Patriarche Maximos V d’Antioche, il se mit à traduire les offices byzantins en français et à les adapter aux musiques liturgiques, puis il publia plus d’une centaine de livres toujours utilisés et des milliers de pages. Il concélébra avec le Pape Jean-Paul 1er, qui l’appelait son diacre orthodoxe, puis assista Jean-Paul II à l’autel.

A Rome puis à Parme il continua son travail d’érudition avant de devenir l’archidiacre de l’Evêque grec orthodoxe Mgr Stéphanos de Nice qui l’ordonna prêtre en 1996, en Camargue, avant d’être nommé, par le Patriarche de Constantinople, Primat d’Estonie. De son côté le Moine-Prêtre Denis servit aux paroisses d’Avignon et Marseillë, puis San Rémo et Nîmes où après avoir célébré en diverses chapelles, nommé Archimandrite en 2004 par le métropolite grec Emmanuel, il put trouver une église et y implanter la Paroisse St Antoine – La Pêche miraculeuse qu’il avait fondée.

Dans cette paroisse cévenole, travaillant jour et nuit, il tomba malade, peu soutenu, au milieu d’intrigues de civils qui le minaient, hospitalisé à plusieurs reprises. Heureusement sa Foi, sa vie de prière et ses activités intellectuelles lui permirent de tenir. Pendant plus de 20 ans, à Rome, à Parme, à Nîmes il correspondit régulièrement avec notre Fraternité et composa, comme il le fit pour des centaines de Saints occidentaux, l’0ffice complet de St Gény en 2001 et celui des Saints Clair et Maurin, et le dernier composé par lui, avec son âme poétique, le fut sur notre demande, en avril 2008 où il édita l’Office de Saint Andéol du Vivarais, diacre martyrisé en 208, ayant eu le crâne fracassé en forme de Croix, avec un sabre, et dont le sang se déversa dans le Rhône.

En 2007 sa santé s’aggrava avec des dialyses trois fois par semaine, une artérite galopante, une vue qui baissait mais, avec l’ordinateur, qui grossissait ses textes, il continua à oeuvrer pour la Gloire de Dieu comme toujours. Cependant il ne pouvait rester longtemps debout et il fut obligé d’arrêter de célébrer les Divines Liturgies de sa paroisse. Il fit des demandes pour le seconder mais sans résultat. Il nous écrivit fréquemment pour lui venir en aide et ses lettres étaient de plus en plus pathétiques, jusqu’à ce que, au retour de Lyon, nous nous arrêtions, en mai 2007 à Nîmes où je le rencontrai pour la première et dernière fois dans sa ville et où il me conduisit en son église. Nous attendions dans l’espoir qu’une solution serait trouvée dans sa région. En décembre ce sont des Fidèles de sa paroisse, qui nous suppliaient de venir, avec la bénédiction de leur Recteur. Nous ne pouvions laisser ces âmes abandonnées, sans office depuis des mois, prêtes à tout, même aux pires choix. C’était un cas de conscience et nous proposions, après avoir prié et demandé conseil, de venir une fois par mois, étant déjà très pris par nos sept Paroisses, pour assurer la Divine Liturgie et les Sacrements car le bien des âmes était une priorité ecclésiale, en attendant qu’une autre solution soit trouvée. Le Père Laurent, de décembre à avril dévorait les kilomètres, en sept heures de route, aller et retour, en mission d’assistanat, assurant l’Eucharistie tandis que le Père Denis prêchait et chantait, réunissant en avril le Conseil paroissial qui se renouvela pour le bien de l’église. Courant avril il apprit qu’un sucesseur était nommé dans l’église qu’il avait fondée, aménagée avec ses deniers, et sans Concertation ni dialogue.

Ces nouveaux soucis ne firent qu’aggraver ses ennuis de santé mais aussi sa détermination. Il régla tous ses problèmes sur place, en toute lucidité et il trancha, comme un couperet de guillotine ce passé gardois qui l’avait, en partie, détruit. Et comme il disait, libéré de cette ambiance paroissiale qui n’était pas sa vocation première, qu’il secoua la poussière de ses souliers, selon les conseils évangéliques. Il demanda alors, tous les jours par téléphone, de rejoindre au plus vite le Monastère de Lectoure afin de vivre en Communauté pour se préparer à rencontrer le Seigneur, avec cette fougue du lion qui va toujours de l’avant et qui ne reste pas sur un échec. Il s’organisa et comme il n’avait pas fait l’école diplomatiquè vaticane il dit ce qu’il pensait, car toute sa vie il eût en horreur la langue de bois.

Abandonné de tous, avec un quarteron de fidèles assidus et sur qui il pouvait compter, et qui sont ici aujourd’hui, il s’organisa, prit ses dispositions post mortem, et comme le cormoran, quitta la Paroisse de la Pêche miraculeuse, s’envola jusqu’en Gascogne, après avoir obtenu notre accord de l’accueillir. Il arriva en ambulance, pour ne pas trop se fatiguer, avec son cercueil qui suivait, car il venait au Monastère pour se préparer à la mort et non pour créer des problèmes à la Communauté. C’est pendant la Grande Semaine Sainte Orthodoxe qu’il nous rejoignait, avec armes et bagages, pour chanter avec nous Christ est Ressuscité, et retrouver paix et sérénité. Quelle joie pour lui de vivre comme au commencement de son engagement monastique, de parler de longues heures avec les jeunes Pères, dans le cloître, de transmettre son savoir, raconter des histoires et toujours avec humour, malice et joie. Il revivait, préparait trois nouveaux livres et son bulletin « Tibériade » avec l’icône de Notre-Dame Source de Vie sur la couverture.

Mais cette retraite spirituelle ne devait durer que 50 jours puisque la Semaine de l’Esprit Saint, il rendait son âme à Dieu à 7h45 le mercredi 18 juin 2008.
En effet son état physique avait des hauts et des bas, même si intellectuellement sa lucidité fut complète jusqu’à son dernier souffle. Quatre infirmières, très dévouées et compétentes, le visitaient deux fois par jour, à tour de rôle, et le matin elles prolongeaient leur passage pour parler avec lui tant le dialogue était enrichissant, avoir un tel malade était si précieux et réconfortant pour une vocation difficile à vivre. La gangrène poursuivait son oeuvre horrible et destructrice mais comme à Nîmes, pendant des mois, il refusa la moindre amputation malgré les conseils ou les pressions qu’il subissait, parfois les menaces apocalyptiques dont il recevait les anathèmes ! Il restait serein, ferme et disant: « Non, et non, et ce sera mon dernier mot ». Un docteur maladroit lui rétorqua: « vous avec votre foi et votre philosophie », ce qui toucha son coeur de prêtre. A partir de ce jour il s’enferma sur ce problème, ne voulant plus répondre sur ce sujet, et faisait semblant de dormir, lors des visites du praticien, pour avoir la paix. Il continuait à prier, à dire le Chapelet du Nom de Jésus, en dialyse ou au monastère, à implorer, sans cesse, la Mère de Dieu, Source vivifiante. Il réfléchissait toujours, faisait des projets et quelques jours avant de nous quitter il voulait se rappeler l’étymologie du mot « Parvis », devant de la basilique, et nous demanda de lui trouver son dictionnaire. La réponse trouvée confirmait son souvenir. Il s’agissait du « Jardin du Paradis ». Depuis ce jour quand il partait pour Auch il empruntait le parvis qui va vers le monde mais au retour il flânait dans « le Jardin du Paradis » pour humer le parfum des fleurs !

Le dimanche 1er juin le presbyterium de la Fraternité se rénissait en la Basilique St Gény, avec la participation de nombreux fidèles car le Père Denis recevait, avec piété, le sacrament des malades. Il nous avait demandé, avec malice, de faire une catéchèse de rappel que ce sacrement n’est pas celui des mourants mais des volontaires à la Viè et au renouveau.
Après l’Office il prit possession de son trône, dans la basilique, comme Abbé émérite du Monastère St Gény et où chaque clerc et fidèle vint solliciter sa bénédiction.

Pour terminer revenons à cette dernière semaine. Lors des Vêpres de la Pentecôte il demanda aux Pères de prier Dieu pour qu’Il vienne le chercher pendant son sommeil. Le dimanche il se trouvait ailleurs, allongé sur son lit médicalisé ayant accepté la veille de quitter sa couche monastique, il priait, et reçut avec dévotion, la sainte Communion. Il se préparait au grand départ, lui qui avait mis sur sa porte une affiche: « Non à l’acharnement thérapeutique, non à l’euthanasie, oui aux soins palliatifs ! », suite à un nouveau conseil médical de lui amputer les deux jambes et où il avait répondu tout simplement et avec douceur: « mais tout va très bien, Docteur, j’ai fait seul, hier, le tour du cloître avec mes deux pieds, alors vraiment ce n’est pas utile », ce qui était exact. Les nuits devinrent difficiles et il appelait fréquemment le Père de garde près de lui, car l’angoisse le prenait, les dém6ns rôdaient, les cauchemards le hantaient et il croyait tomber du lit. Le lundi se passa très bien, il nous parla en Provençal et de Pétrarque, puis en gavôt nissard, puis en italien en citant Dante, avec bonhommie, finesse. Il était surprenant dans ses répliques. Pour ne pas le fatiguer les pères le nourrirent au lit alors que jusque là il se rendait seul au réfectoire. La nuit du mardi au mercredi fut calme mais à 1 heure du matin il appela le Père de garde, ce 18 juin, et lui déclara: « Je vais mourir, je vous remercie tous pour tout ce que vous avez fait pour moi, je vous demande pardon et donnez moi votre bénédiction. Si c’est la Volonté du Christ consolateur qu’ Il vienne me chercher ». Après avoir sollicité sa bénédiction le Père resta près de lui. Il ouvrit les yeux de temps en temps pour voir s’il n’était pas seul et il s’assoupit. Vers 5h30 il se sentit plus mal, le médecin de garde ne put que constater la fin très proche. La Communauté se réunit pour commencer la Prière des Agonisants. Il regardait les moines puis ses yeux montaient insensiblement vers le ciel et quelques minutes à la fin de l’office il rendait son âme à Dieu, sans bruit ni mouvement, dans un très grand calme et avec abandon à la Divine Providence. Son Chemin de Croix s’achevait au-milieu de ses Frères, comme il l’avait demandé, en dormant.

Aucune vie, MBCF, si sage, si sainte soit-elle, vous le voyez, pas plus celle du prêtre que celle du fidèle, n’est à l’abri de l’épreuve et de la maladie ; Notre vénéré Archimandrite DENIS en est un exemple. Mais, de grâce, que la sérénité de son caractère, pourtant fougeux, sa confiance en Dieu, son amour de Marie, sa résignation souriante sous les étreintes de la souffrance, vous soient à tous dans les peines de la vie et dans la maladie, une leçon, un encouragement, un modèle!
Autant notre Cher Père DENIS fut un bon moine, un bon diacre pendant 33 ans, un bon prêtre, un bon hymnographe, autant il nous apparaît un prêtre admirable dans la souffrance, ne se plaignant jamais. N’en perdons jamais le souvenir, MBCF. Redites-le à vos enfants, à vos petits-enfants, et puisez-y pour vous-mêmes la fidélité et le courage qui font les bons chrétiens.

Merci, Très Honoré et Cher Père Denis pour ces leçons de courage nous qui nous nous effondrons à la moindre peccadille, nous qui gémissons à la moindre contrariété, vous avez tenu, droit, jusqu’à la fin, face aux épreuves des hommes, des soucis et de la maladie.

En fin d’après-midi nous chanterons les Vêpres de la Fête de Tous les Saints, ces Saints dont vous avez traduit ou composé les multiples offiées en plus de 20 tomes, que ces Bienheureux viennent vous accueillir à la suite de la Très Sainte Mère de Dieu, et qu’en la Jérusalem céleste vous puissiez nous aider et intèrcédez en notre faveur.

Oui, Père DENIS nous vous disons A DIEU et allons vous conduire au caveau du Monastère sis à l’antique cimetière du Saint Esprit de Lectoure, où vous attendrez la Résurrection et nous pourrons venir prier près de Vous.

MEMOIRE ETERNELLE !

+ Père Abbé ANTOINE